PRATIQUE DE L’AUTOMÉDICATION AU BENIN : Quand le traitement d’une affection ouvre la porte à plusieurs autres

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Sur cinq ménages au Bénin, trois au moins disposent d’une boîte à pharmacie contenant des médicaments qu’ils utilisent pour soulager des maux courants. Certains font même recours à des produits sur conseil d’un parent ou d’un proche qui aurait fait l’expérience et ceci sans l’avis d’un agent de santé. L’automédication puisque c’est de ça qu’il s’agit, est une pratique de plus en plus en vogue dans le monde en général et au Bénin en particulier. Et d’une personne à une autre, les raisons du recours à l’automédication sont justifiées. Cependant sur le plan sanitaire, elle n’est pas sans conséquence sur le fonctionnement de l’organisme selon les spécialistes.

Samira ZAKARI

Il ne passe pas un jour sans qu’un citoyen quelque part au Bénin ne pratique l’automédication malgré les sensibilisations faites au quotidien sur la question. C’est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur et est pratiqué même par des personnes les plus insoupçonnées.

En effet, selon le médecin généraliste Esaïe Agbé, l’automédication est le fait qu’un individu fasse recours à un médicament de sa propre initiative ou de celle d’un proche, dans le but de soigner une affection ou un symptôme qu’il a lui-même identifié, sans avoir fait recours à un professionnel de santé. Plusieurs raisons justifient l’utilisation des produits pharmaceutiques sans l’avis d’un spécialiste de la santé.

Pour quelles raisons ?

« Quand j’ai mal à la tête par exemple, je sais qu’avec deux paracétamol le matin, deux à midi et deux le soir, je peux avoir satisfaction. Donc, je ne vois pas pourquoi aller d’abord voir un docteur pour ça », a indiqué A. Sounon, un citoyen de la ville de Parakou. Une raison que soutient également Martine Tossou. Selon elle, on n’a pas forcément besoin d’un médecin à chaque fois qu’on ressent un mal.

De son côté, Elie Koti pense que « quand tu vas chez un médecin, celui-ci va te diagnostiquer des maladies auxquelles tu ne t’attendais même pas et à la fin, te faire une liste de médicaments à acheter. Moi je n’aime pas ça, c’est pour cela, quand je sens un malaise, je cherche de bouche à oreille à avoir un produit qui peut me soulager ».
Si à l’immédiat ces produits ont un effet réparateur, cela n’est pas le cas à la longue car les personnes qui pratiquent l’automédication s’exposent à de graves problèmes de santé.

Les conséquences de l’automédication sur l’organisme

Pour le docteur Agbé, les conséquences de l’automédication sont néfastes et regrettables pour la personne qui la pratique et pour son entourage. À l’en croire, les médicaments sont des drogues et leur mode d’emploi doit se faire avec beaucoup de précautions. « Leur utilisation se fait en fonction des caractéristiques telles que le poids, les antécédents et d’autres indications, chez le malade. Ne pas considérer ces aspects avant l’emploi, expose le malade, soit aux effets de la toxicité du médicament comme l’atteinte hépatique et ou rénale, ou à l’aggravation de la maladie par le sous dosage du médicament (risque ou résistance d’un germe sous traité) », a expliqué le spécialiste. Plus loin, le docteur précise que dans certains cas l’automédication permet de cacher les symptômes importants de la maladie. « Cela retarde le diagnostic du médecin et le traitement du malade dont la situation pourrait s’empirer avec un risque d’augmentation du séjour à l’hôpital et de décès. Ce dernier constitue une charge pour son entourage qui doit laisser désormais ses activités et se préoccuper de ses soins. Le poids financier que cela implique n’est plus à démontrer », a déploré docteur Agbé.

Solange Biaou, une victime de l’automédication témoigne, « il y a de cela deux ans, j’avais commencé par me sentir très mal dans ma peau. La fatigue intense et d’autres symptômes que je n’expliquais pas. Mais, au lieu de me rendre à l’hôpital, je prenais des comprimés que m’achetait mon époux et mes enfants. Ceux-ci se renseignaient autour d’eux sur les médicaments à utiliser. Mais au lieu de soulager ma peine je me suis créée d’autres problèmes qui m’ont conduit à l’hôpital. Là-bas, on m’a diagnostiqué malheureusement une insuffisance rénale. Je dépense maintenant plusieurs milles pour ma santé alors que j’aurais pu éviter ça en allant très tôt voir un spécialiste ».

Alors, pour éviter les situations dommageables comme celle de dame Solange, le docteur invite les populations à abandonner l’automédication et consulter un médecin lorsqu’on sent le développement d’un mal dans son organisme. « Les soins sont toujours à un coût plus accessible lorsque la consultation est faite tôt. Tard, en dehors du coût élevé de la prise en charge, la guérison peut être lente », a précisé le spécialiste.

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