REVERS DU COMMERCE INTER-VILLES AU BÉNIN : La dignité féminine sacrifiée sur l’autel de l’autonomie financière!

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REVERS DU COMMERCE INTER-VILLES AU BÉNIN

La dignité féminine sacrifiée sur l’autel de l’autonomie financière!

Elles sont nombreuses ces femmes qui de jour comme de nuit parcourent plusieurs villes du Bénin pour leur commerce. Elles courent le plus souvent derrière les produits vivriers selon leurs pôles de production. Cependant, au cours leurs trajets, ces braves femmes vivent parfois des atrocités qui sapent leur dignité féminine. Ainsi, à cause des dangers auxquels sont exposées ces commerçantes inter-villes, certains hommes sont réticents et s’opposent catégoriquement à l’exercice de ce genre de commerce qui pourtant assure l’autonomie financière de bon nombre de femmes au Bénin.

Edouard ADODE

Les femmes béninoises sont en général très actives et se battent au quotidien pour leur autonomie financière. Elles constituent une véritable force dans le Produit Intérieur Brut (Pib) du pays. Ainsi, les femmes sont prépondérantes dans le secteur des échanges, notamment dans le commerce. D’ailleurs, elles font plus 70% des marchands dans les marchés béninois. Une bonne partie de la gent féminine constitue un maillon très important dans l’alimentation des divers marchés des centres urbains en produits agricoles. Ces femmes maîtrisent parfaitement les zones de production des céréales et les fruits qui sont rares dans les villes. « je fréquente Glazoué en temps de mangues, Malanville pour l’oignon; Kandi et Gogounou pour le maïs», explique Béatrice Lodonou commerçante dans un marché de Bohicon. Nombreuses sont les dames qui ont une maîtrise particulière des marchés ruraux du Bénin. Du nord au sud ou parfois dans le sens inverse, elles assurent l’approvisionnement des marchés urbains du pays. Elles sont pour la plupart des grossistes en ce qui les produits saisonniers. Elles réalisent d’importants bénéfices grâce aux spéculations qu’elles ont l’habitude de faire en stockant ces produits pour les revendre à des prix élevés en période de soudure dans les villes. Alice Bognon avec ses vingt deux d’exercice de ce commerce rude a déjà à son actif des réalisations très importantes. « J’ai commencé le commerce inter-villes avec mon mari qui est un chauffeur. Après plus de vingt ans, je peux dire que c’est bien. Nous avons pu élever nos enfants. Il y a deux de nos enfants qui ont déjà leur doctorat. Nous avons construit notre maison et une autre que nous avons mise en location. Une bâchée et des motos qui servent de taxi-motos sont également des choses qu’on peut citer», a laissé entendre dame Bognon.

Activité mettant à l’épreuve la dignité féminine

Bien qu’étant rentable, le commerce inter-villes comporte assez de risques pour les femmes qui finissent par perdre toute leur dignité à la recherche de leur autonomie financière. Ainsi, au cours de leur périple à but commercial, elles font parfois objet d’agression sexuelle de la part de certains chauffeurs vicieux qui exigent d’elles relations sexuelles avec force. H.G. témoigne, « j’avais un chauffeur qui m’aidait dans mon voyage. Mais il fut un temps que j’avais un problème avec mon mari et je lui ai narré la situation puisqu’on était presque tout le temps ensemble lors de mes voyages. Au fil du temps, il a commencé par me faire des avances et par la suite par des subterfuges, il m’a eue. Ce que mon mari a su plutard. Ça n’a pas été facile en son temps». Cette triste réalité est le quotidien de ces braves femmes. En dehors du harcèlement sexuel dont elles sont fréquemment victimes de la part des chauffeurs, elles subissent d’autres répressailles dans les milieux peu accessibles. « Je ne vais jamais en brousse seul, j’y vais toujours avec mon mari. Parce que l’une de mes amies avec qui je fais la même activité, a été violée par deux bouviers dans un village de Kandi à la recherche des œufs de pintade», a fait remarquer dame Bognon.

Parfois, certains producteurs prennent de l’argent chez ces dames et n’arrivent plus à leur fournir les marchandises. Ce qui engendre souvent de vives tensions entre les deux parties.

Ainsi à causes de ces différents risques, plusieurs hommes n’acceptent pas que leurs épouses exercent cette activité. Car bon nombre de femmes ont vu leur mariage voler en éclats juste parce qu’elles voyagent de village en village pour leur commerce. « Moi ma femme ne va jamais faire ce commerce, car lorsque le véhicule tombe en panne dans les endroits isolés la nuit, certains de mes collègues profitent de l’occasion pour imposer des relations sexuelles aux femmes sur les lits picots qui sont dans les camions. J’en ai été plusieurs fois témoin », a amèrement raconté Bouraïma Soulé conducteur de camion à Parakou. Pour les plus chanceuses, elles se font accompagner par leur mari pour limiter les dégâts.

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