SYNCRETISME RELIGIEUX AU BENIN : L’autre face des cultes endogènes

2 ans ago | Written by
8 268 vues
0 0

SYNCRETISME RELIGIEUX AU BENIN

L’autre face des cultes endogènes

Avant l’arrivée des religions révélées telles que le Christianisme et l’Islam, les béninois croyaient en plusieurs divinités. D’où la pléthore de religions endogènes, traditionnelles ou ancestrales qu’on rencontre au Bénin jusqu’à ce jour malgré la prolifération des religions révélées pour qui celles des ancêtres sont diaboliques et impures. Cependant, bien étant fidèle des religions révélées, une bonne partie des croyants béninois continuent de faire recours à ces pratiques ancestrales pour diverses raisons et la plupart du temps en catimini. Ce comportement appelé syncrétisme religieux est l’autre face des religions endogènes au Bénin.

Wahabou ISSIFOU

Dans la terminologie habituelle de l’histoire des religions, le syncrétisme désigne la fusion de deux ou de plusieurs religions, de deux ou de plusieurs cultes en une seule formation religieuse ou cultuelle. Pour le prêtre catholique Augustin Tossou Yédia, le syncrétisme est le fait de professer publiquement sa foi en une religion révélée tout en s’adonnant discrètement aux pratiques cultuelles traditionnelles, aux pratiques endogènes souvent présentées comme incompatibles avec le christianisme. C’est d’ailleurs ce qui se fait après observation de la vie religieuse de certains béninois.

Ainsi l’on se demande que cherchent-ils en pratiquant plusieurs religions à la fois ou quelles peuvent être les causes de cette pratique ?

Pour le révérend pasteur Olivier Coffi Lokossou, plusieurs pratiquent la religion sans conviction, n’ayant aucune foi solide et se perdent dans les religions. « Pour certains, étant à la recherche du bonheur ils vont dans tous les sens. Mais qui adore le Dieu Créateur, doit savoir que l’Eternel ne partage pas sa gloire avec quoi que ce soit », a-t-il indiqué. C’est ainsi que selon lui, certains se mettent dans plusieurs alliances sans le savoir.

Quant à l’Islamologue Issa Mouhamed Awalou, le syncrétisme religieux n’est pas autorisé en Islam. Et c’est par ignorance que certains musulmans se donnent à d’autres religions, sinon que selon lui, l’Islam c’est la religion de l’ère de tous les prophètes. « Aucun prophète n’est arrivé pour dire à ses adeptes, adorez quoi que ce soit, tous sans exception ont prôné l’unicité de Dieu et l’adoration de Dieu unique. En réalité, le musulman qui comprend sa religion n’a pas à se donner au christianisme car le musulman reconnait la prophétie de Moïse, la prophétie de Jésus et la prophétie de Mouhamed (Saw), donc à partir du moment où vous avez choisi être musulman, vous n’avez plus droit à appliquer d’autres religions que l’Islam», a-t-il fait savoir.

Pour le père augustin Tossou Yédia, ceux qui s’adonnent à cette pratique se disent que c’est le seul gage pour être à l’abri des mauvaises surprises que préparent ceux qui ne les aiment pas. « Alors qu’en réalité la foi qui nous est révélée, la foi en un Dieu unique Jésus-Christ que nous adorons en Dieu, Père, Fils et esprit Saint …reste la seule garantie de notre vie, le seul protecteur de notre vie, le seul qui est capable de nous protéger et de nous garder contre tout esprit méchant, tout esprit maléfique ».

Dans son intervention sur le sujet, le docteur en sociologie anthropologie Sotima Tchantipo pense que ce sont les survivances des pratiques religieuses traditionnelles et l’incapacité des religions du livre (le Christianisme et l’Islam) à combler les attentes des Africains (traditionnellement plus spiritualistes que religieux) qui poussent ces derniers à rechercher le gap de spiritualité dans les religions endogènes concomitamment avec les religions importées.

Mais contrairement à eux, l’adepte du culte Thron, Hounnon Inoussa affirme que l’esprit Thron est un esprit musulman et qu’il ne refuse aucune religion, «  c’est pour tout le monde,… celui qui adore le fétiche n’adore pas le diable, et c’est le même Dieu qu’on invoque ».

Les conséquences d’une telle pratique ?

Pour répondre à cette interrogation, Olivier Coffi Lokossou affirme, « si un chrétien ne sait pas que Dieu est tout puissant étant au dessus de tout, sa foi est vaine et il provoque la colère de Dieu qui est un jaloux et un feu dévorant, « nous sommes dans les derniers temps dont nous parle la Bible dans 1Timothée 4 :1 ; 1 Jean 4 : 1-4 ». De la même façon, l’islamologue Issa Mouhamed Awalou pense que « Dieu ne pardonne pas à celui qui lui fait des associés, c’est de l’ingratitude, comment laisser Dieu qui t’a créé pour adorer ce que Dieu a créé ? Les idoles ne méritent pas d’être adorées pour un bon musulman, et Dieu condamne fermement cette pratique». Il va plus loin en précisant qu’on n’adore pas un prophète et qu’on l’obéit parcequ’il est un messager de Dieu, les prophètes sont venus transmettre le message de Dieu à l’humanité.

Cependant, pour le père augustin Tossou Yédia, « On ne doit adorer que Dieu seul, Apocalypse 19 :10…Pour ce qui nous concerne, nous de la religion Catholique, c’est Jésus-Christ qui doit être adoré ». Ainsi, « la conséquence pour quelqu’un qui est syncrétiste, qui est pendant le jour chrétien catholique et la nuit qui devient adepte de la religion traditionnelle, c’est qu’il n’est pas lui-même libre dans ce qu’il est en train de faire, il est double…en réalité il perd l’équilibre spirituel… parce que le seigneur nous dit, tu adoreras le seigneur en esprit et en vérité Jean 4 : 21-24, alors la conséquence pour cette personne à la longue, c’est d’être au niveau spirituel des hybrides, des gens qui ne savent pas où aller….c’est dans cette perspective qu’il y a des gens qui vivent après des troubles psychologiques, psychiques, spirituelles et il faut de l’exorcisme pour les libérer…C’est donc un problème pour le fidèle chrétien catholique de s’adonner aux religions endogènes, traditionnelles et ancestrales dont les éléments sont en contradictions avec la foi chrétienne catholique ».

Que retenir ?

Ce dernier invite donc chacun à vivre la foi de sa religion dans la vérité, sincérité et la transparence parce qu’on peut tromper les hommes mais on ne peut jamais tromper Dieu. « Soyons vrai, sincère, ayons la vraie conviction dans la religion que nous pratiquons… ». De même, l’islamologue Issa Mouhamed Awalou pense que le musulman croit à tous les prophètes sans exception. « Alors si tu sais que ta religion croit à tous ces prophètes, pourquoi alors faire machine arrière et dire que tu vas chercher à résoudre tes problèmes avec d’autres religions ? C’est l’ignorance…Le prophète Mouhamed est le dernier des prophètes, donc il est venu parfaire toutes les autres religions. Si tu es musulman et que tu sais que l’Islam est la meilleure des religions parce qu’elle est venue parfaire les autres religions que vas-tu chercher alors dans les autres religions ?». « Le musulman, qui est tantôt musulman, tantôt chrétien n’est qu’un hypocrite. Et l’hypocrisie est plus grave que la mécréance… Et c’est le manque de foi. Lorsque vous avez la foi en Dieu vous devez savoir que c’est Dieu qui donne et c’est Dieu qui prive. Si vous êtes fermes dans votre religion rien ne peut vous ébranler, vous devez comprendre que tout ce qui vous arrive, c’est le destin, et personne ne peut fuir son destin… Soyons fermes dans notre foi, que tu es musulman tu demeures musulman, que tu es chrétien, tu demeures chrétien, l’Islam n’en fait pas de problème, à vous votre religion, à moi ma religion et pas de contrainte dans la religion. Le musulman ne contraint personne à adhérer à l’Islam », a-t-il précisé.

Et au Hounnon Inoussa, adepte du culte Thron de conclure en disant qu’Il n’y a pas d’inconvénient chez eux, « tu peux aller à l’église comme à la mosquée, il n’y a pas d’inconvénient ».

«J’invite les leaders religieux sans exception à l’œcuménisme, au dialogue interreligieux, à la tolérance et à l’acceptation de l’autre sans préjugé.», dixit le docteur Sotima Tchantipo, socio-anthropologue.

Le Bénin étant un pays laïc, chacun est donc libre de faire ce qu’il veut de sa foi. Le syncrétisme religieux est l’autre face des religions endogènes qui sont pour la plupart du temps reniées dans la journée et acceptées dans la nuit. Alors, syncrétiste ou pas, chacun doit vivre sa foi dans la sincérité et la vérité.

Article Categories:
A la une · Religion

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.