UNE VIE, UN METIER : A cœur ouvert avec le Cb à la retraite El-hadj Idrissou Orou Gani

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Le métier de gendarme est ce qui l’a toujours passionné depuis tout petit. Il décide donc de saisir l’opportunité qui s’est présentée à lui pour embrasser cette carrière, lorsqu’il était en classe de terminale. Depuis lors, il s’est donné corps et âme pour rendre fier son entourage et assurer la protection des béninois. Lui, c’est El-hadj Idrissou Orou Gani Chef Brigade (Cb) à la retraite qui nous livre ici, tout sur sa carrière professionnelle. Lisez plutôt.

Daabaaru : Pourquoi avoir choisi faire carrière dans la gendarmerie ?

Idrissou Orou Gani : Le métier de gendarme, c’est tout ce qui me passionnait. A l’époque, le gendarme est quelqu’un qui forçait l’admiration et le respect à travers sa façon d’être et son habillement. Quand je fréquentais le cours primaire, il y avait une brigade de gendarmerie sur le chemin de mon école. Et chaque fois que je passais, je les voyais debout joliment habillés. Cela me fascinait beaucoup et je me suis fait la promesse de devenir comme cela un jour.

Comment et quand avez-vous embrassez la carrière de gendarme ?

En classe de terminale, je suis allé deux fois au baccalauréat à Kandi sans être admis. J’étais complètement déboussolé mais, Dieu sachant faire les choses, un concours de gendarmerie est lancé en 1985. J’ai tenté donc ma chance. Comme c’était mon destin, je suis admis tout naturellement. On a été envoyé à Ouidah pour la formation commune de base qui a duré 18 mois. Ce n’était vraiment pas facile, mais comme on a choisi, on a accepté tout subir. Chaque matin, on devait marcher sur 18 km avant de démarrer la journée. Je me souviens même qu’un jour, l’un de nos chefs, le capitaine Béhanzin nous a réveillés en plein milieu de la nuit pour nous amener quelque part à 10 km du camp. Là-bas, il nous a mis dans un bassin où les femmes extraient du sel et c’est là qu’on a passé la nuit. Tout ça pour vous parler de la pénibilité de la formation. Tout s’est quand même bien passer. Après cette formation commune de base, chacun a regagné sa spécialité et moi je suis allé à Porto-Novo pour une formation de 2 ans vu que j’ai choisi la gendarmerie. C’est comme cela qu’a commencé ma carrière.

Comment étaient donc vos débuts ?

Alors, après notre formation professionnelle, j’ai été maintenu à l’école pendant quelques années avant d’être affecté en 1987, à la direction financière appelée Baf, qui se trouvait dans l’administration de la gendarmerie. Ensuite, je suis affecté en 1989 comme comptable du groupement régional d’Abomey avant d’être envoyé sur le terrain. Il faut dire que j’hésitais parce que le terrain me faisait beaucoup plus peur que le travail de bureau. Mais bon, je me suis dit que j’ai opté et je dois tenter cette aventure. C’est ainsi que j’ai été envoyé à Savalou où j’ai fait pratiquement 3 ans avant de rejoindre Bantè pour faire 2 ans et ensuite, Adjohoun au niveau de l’Opj où j’ai fait mes stages. Après cette expérience, j’ai été envoyé au port. De là, j’ai décidé de rentrer au Nord vu qu’après tout ce parcours, je suis devenu cadre de la gendarmerie. Mon premier poste au Nord, était Tchaourou et c’était le début d’une nouvelle aventure.

Quels sont les avantages de votre métier ?

Au cours de ma carrière, j’ai eu la chance de beaucoup bouger. Au sud, j’ai servi dans plusieurs communes avant de rentrer au Nord où également, je suis intervenu pratiquement dans les quatre départements. C’est un avantage. L’autre avantage est la fierté qu’on ressent de défendre sa patrie. Je l’avais dit à l’entame, la gendarmerie faisait partie des corps de métier les plus respectés. Les gens voyaient en nous, des héros qui sont prêts à se battre au prix de leur vie pour protéger le peuple. Partout où tu vas, habiller en treillis, tu étais respecté. De même, j’ai eu la chance de participer à une mission à l’externe. J’ai été envoyé au Congo pour 18 mois, dans le cadre d’une mission de maintien de l’ordre. Il faut aussi dire que je ne suis pas allé à la gendarmerie pour m’enrichir mais à la fin, grâce au sérieux dont j’ai fait preuve au cours de ma carrière, je ne me suis pas plaint de ce que j’ai.

Qu’en est-il des difficultés ?

Les difficultés, ce n’est pas ce qui a manqué vraiment. Dans notre métier, il est facile d’aller du mauvais côté et de sombrer lorsque tu n’as pas des objectifs. Pour preuve, en 2015, il y a une situation que j’ai vécue, si je n’étais pas sérieux dans ce que je fais, j’allais avoir de problème. Il y a des burkinabés qui venaient au Bénin avec des camions chargés de bœufs. Et ils passaient par Bétérou où était en poste mon commandant de compagnie. C’était lui qui avait en charge l’escorte de la troupe, mais il s’est fait qu’à un moment donné, la voie Bétérou-Djougou ne passait plus. Il me revenait alors de prendre le commandement vu qu’ils devaient passer désormais sur mon territoire. Mais le propriétaire des animaux donc le burkinabé, a choisi de rester en contact avec mon commandant de compagnie à Bétérou et c’est lui qui choisissait ses escortes parce qu’il a de l’argent. Moi je suis resté dans mon coin et je regardais faire jusqu’au jour où malheureusement, ils ont été victime d’un braquage dans mon secteur au niveau du pont de Affon. Il y a eu ce jour-là deux morts et plusieurs millions emportés. Vu que c’est sur mon territoire, j’avais l’obligation de me rendre sur les lieux pour le constat et arrivé là, j’ai retrouvé mon commandant de compagnie sur place. Et comme selon la loi, quand un Chef Brigade (Cb) trouve sur le terrain son commandant de compagnie, il est de son devoir de laisser la place à son chef, je me suis éclipsé pour le laisser faire, quand bien même c’est mon territoire. Je suis retourné au poste et j’ai tout de même pris le soin d’informer les autorités de la situation. Il s’est fait que par négligence, le secrétariat du procureur n’a pas rendu compte du message que j’ai envoyé au procureur. Cela a provoqué un véritable problème et ils ont voulu m’incriminer mais je leur ai fait comprendre qu’en présence du commandant, il n’est normalement pas de mon ressort de rendre compte même si le braquage a eu lieu dans mon secteur. Le problème est devenu très sérieux et une commission d’enquête est même sortie pour ça. Et c’est en ce moment, je leur ai fait comprendre que j’ai bien envoyé des messages pour tenir informer tous mes chefs hiérarchiques. C’est ce qui m’a sauvé finalement.

Parlez-nous de la période qui vous a marqué positivement au cours de votre carrière ?

Dieu m’a fait un grand cadeau. Il m’a permis de vivre mon rêve et m’a fait grâce de 8 enfants qui font ma fierté aujourd’hui. J’ai pu les éduquer avec les moyens que j’avais et aujourd’hui je suis très fier de ce qu’ils sont devenus. De même, à 6 mois de ma retraite, j’ai décidé de tout stopper pour remercier Dieu pour les bienfaits qu’il a accomplis dans ma vie. C’est ainsi qu’en 2017 mon épouse et moi, sommes allés à la Mecque, pour rendre grâce à Dieu.

Quel est le moment qui vous a marqué négativement ?

En 2016, mes agents qui étaient au poste de péage de Sirarou m’ont alerté du cas d’un chauffeur qui a voulu enfreindre les règles en essayant de casser le pont avec son camion pour passer. Ils m’ont informé que ce dernier venait vers moi, j’ai donc installé un barrage pour le contraindre à s’arrêter. Il n’a pas voulu obtempérer et il a fallu que je pointe l’arme sur lui pour qu’il s’arrête. Je l’ai conduit au secrétariat et j’ai demandé à mes collaborateurs de prendre sa déclaration pour ma protection. Pour moi, après sa déclaration, j’allais le relâcher pour qu’il parte. On en était là, quand tout à coup, je reçois les syndicalistes de N’Dali qui me chargeaient la commission de l’ancien syndicaliste Amaga qui me demandait de relâcher sur le champ le chauffeur arrêté si je ne veux pas de problème. Ce qui m’a choqué, et puis j’ai décidé finalement de mettre en cellule le chauffeur. Le problème est allé jusqu’à la présidence, le syndicaliste est allé voir le président pour lui raconter des conneries comme quoi, je l’ai traité de soulard. Le chef de l’Etat Boni Yayi a donc envoyé ses agents de renseignement pour en savoir un peu plus sur l’affaire et finalement ils se sont rendu compte que c’était une fausse histoire montée par le syndicaliste. Heureusement, j’ai la chance de côtoyer le président qui savait que je ne suis pas capable de raconter tout ce que l’autre est venu raconter. Le problème a pris une tournure extraordinaire et le Directeur Général (Dg) de la police s’en est mêlé et il m’a appelé pour me demander de relâcher le monsieur. Moi je lui ai fait comprendre que je n’étais pas prêt à obtempérer puisque c’est ma vie qui est mis en jeu, je n’ai pas regardé que c’est mon patron, je lui ai dit ce que je pensais. Furieux, il a décidé de me relever de mes fonctions et il a appelé le chef d’Etat major pour le tenir informé de la situation. Et c’est le chef d’Etat major qui lui a fait comprendre que le problème est très compliqué puisque le président est informé et a mis en garde quiconque qui va me relever de mon poste à cause de l’affaire. Sentant son poste menacé, le directeur qui me faisait des menaces est revenu sur sa décision et me demandait même pardon, moi un simple exécutant. C’est une affaire qui m’a marqué.

Quel message avez-vous à partager avec la jeune génération ?

Je demande aux jeunes d’avoir la conscience professionnelle puisque, tout ce qu’ils font de bien ou de mal finira par les rattraper tôt ou tard. A ceux qui sont dans l’armée, je leur demande d’être sérieux dans le travail et qu’ils sachent qu’ils sont de la population et ils reviendront toujours à la population. Alors, ils n’ont qu’a toujours pensé aux proches peu importe ce qu’ils font.

Quel est votre mot de la fin ?

Pour terminer, je souhaite beaucoup de courage aux collègues qui sont toujours en fonction. Le travail est devenu beaucoup plus pénible aujourd’hui mais avec le courage et l’abnégation ça va aller.

Propos recueillis et transcrits par Samira ZAKARI

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