UNE VIE UN MÉTIER : Dankoro Séké Yérima fait le récit de sa carrière d’enseignant

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Rien ne rend plus heureux et fier un enseignant que de voir les enfants qu’il a encadré et éduqué, devenir des hauts cadres qui font la fierté de la Nation. Et ce bonheur, Dankoro Séké Yérima, enseignant du primaire à la retraite le ressent chaque jour pour avoir consacré 30 années de sa vie à l’éducation de ces âmes innocentes. Pour ce numéro de votre rubrique Une vie un métier, votre journal est allé à la rencontre de ce dernier qui livre ici les temps forts de sa carrière. Lisez plutôt.

 

Daabaaru : Pourquoi avoir choisi comme carrière l’enseignement ?

Dankoro Séké Yérima : Je dirai que l’enseignement c’est ma vocation, c’était un choix. Je ne l’ai pas choisi parce que je n’avais pas trouvé mieux, c’est ce que je voulais. Il faut dire aussi qu’à l’époque j’avais un grand frère qui m’a inspiré. Roger Lafia, son modèle m’a inspiré et je me suis dis immédiatement que je serai enseignant comme lui.

 

Comment êtes vous devenu alors enseignant ?

J’ai passé un concours d’entrée à l’école normale Félicien Nadjo de Porto-Novo en 1975 d’où je suis sorti avec mon diplôme dans les années 1976-1977. Alors j’ai été ensuite affecté au village sucrier d’Atchakpa dans la commune de Savè.

 

Comment étaient vos débuts de carrière ?

On avait fait un choix qu’on devait assumer. On devait être disponible à servir partout où besoin sera, ce qui a été mon cas. Atchakpa était loin de chez moi, je ne connaissais personne dans la localité, mais j’ai été très tôt accepté. C’est le comportement qui guide, lorsque vous avez un bon comportement partout vous allez rencontrer une famille. Et c’était mon cas. J’ai pu m’insérer en organisant les jeunes autour de moi.

 

Quels sont les avantages de votre métier ?

L’enseignement, c’est vrai que ce n’est pas facile mais quand on s’y donne, les âmes des petits enfants vous accompagnent. Les avantages que j’ai tirés de ce métier sont nombreux puisque c’est comme si c’est le choix qu’attendait mon destin. Très tôt j’ai fini avec mes examens et j’ai pu être conseillé pédagogique. Et c’est par là j’ai fini ma carrière en 2008. Lorsque vous vous donnez aux enfants, leurs âmes vous aident et vous gravissez rapidement en grade. Il faut dire aussi que rien ne rend plus heureux un enseignant que de voir les enfants qu’il a encadrés devenir des personnes responsables. Moi, je suis en retraite certes, mais on ne dirait même pas que c’est le cas parce que beaucoup d’enfants que j’ai eus à garder sont reconnaissants. Ils m’ont accepté, ont accepté mes contraintes et aujourd’hui je suis fier de les voir réaliser à leur tour leur rêve. Nombreux sont des médecins, des ingénieurs, etc. Il m’arrive même de croiser d’autres que je ne reconnais pas, ce sont eux qui finissent par se présenter. En voyageant, il m’arrive de m’arrêter en cours de route pour prendre un pot quelque part avant de continuer et en voulant payer ma facture, on me dit que quelqu’un l’a déjà fait. J’ai aujourd’hui la récompense de ce que j’ai eu à faire il y a des années. Des enfants viennent ici chez moi pour me saluer et en partant me donne 50 000, 60 000 comme ça. Vous voyez que c’est vraiment bien.

 

Qu’en est-il des difficultés ?

Il arrive des moments où vous êtes dépassés parce que les moyens manquent pour se ravitailler en matériels didactiques. Ce n’est par comme aujourd’hui. À notre époque, c’est dans le salaire on achetait tout, si bien que les premières années dans le métier j’ai eu des difficultés au point de me demander pourquoi j’ai choisi le métier. Mais finalement je suis revenu à la raison et j’ai continué. J’avais eu mon épouse, maîtresse qui m’a supporté tout au long de ma carrière. Elle était à mes côtés et m’a beaucoup aidé parce qu’elle était aussi dans le métier. L’autre difficulté est liée à la gestion des élèves. Moi, par exemple, j’ai eu à garder des classes pléthoriques. Mes dernières années en tant qu’enseignant c’était à l’Epp Wansirou Parakou. J’avais près de 192 élèves au Cm2. Laissez moi vous dire que l’année là, j’ai failli trépasser mais au bout du rouleau j’ai eu un bon pourcentage avec le 2ème et 3ème à cet examen qui était dans ma classe.

 

Quels ont été les moments qui vous ont marqué positivement au cours de votre carrière ?

Le moment heureux c’était de voir mes enfants réussir parce que moi, toutes mes pensées étaient vers ces enfants là que je voulais voir réussir. Il faut dire aussi qu’il y a des directeurs qui m’ont particulièrement marqué. Il s’agit du feu Saliou Gado que les gens trouvaient dur parce qu’il avait des principes qu’il fallait respecter. Et moi, je me suis adapté et j’étais devenu même comme son fils. C’est d’ailleurs son départ qui a fait que j’ai quitté Savè. À Parakou, j’ai pu tomber sur un autre doyen Emmanuel Odjo, qui lui aussi très tôt m’a pris comme un fils. Ses enfants me comptent même parmi les membres de la famille. Et ça m’a profondément marqué parce qu’ils m’ont aidé à vite gravir mes grades et à réussir mes examens professionnels. L’autre chose est que pendant mes 2 ans passés dans le village d’Atchakpa, je n’ai jamais acheté à manger. Ce sont les villageois qui me donnaient tout ce que je mangeais. Le mais, le manioc, l’igname etc. J’ai pu ramener à mon arrivée, les jeunes qui désertaient le village pour aller à la recherche du mieux être dans les pays voisins. Ils sont rentrés et le village est devenu plus attractif, on s’amusait autour du football. Et cela m’a beaucoup marqué dans le bon sens.

 

Parlez-nous des moments qui vous ont marqué négativement ?

Oui quand je faisais ma dernière année à l’Epp Atchakpa mon directeur m’a marqué que j’ai failli déposer ma démission. Ce dernier, paix à son âme, m’a fait des coups bas pour me nuire. Heureusement je n’étais pas dans ce sillage là. Il s’est mis en complicité avec un homme de l’Ocbn et si celui là n’avait pas cherché à faire des enquêtes sur moi, il allait me tuer pour rien alors que j’étais innocent. Même sa propre maman lui en a voulu pour ces magouilles qu’il a faites contre ma personne puisque j’étais toujours à son service.
Il faut dire que j’étais allé dans ce village pour remplacer un enseignant qui avait été tué là. À l’annonce de mon affectation, j’ai un cousin qui ne voulait pas que je me rende à mon poste dans le village parce que les enseignants se faisaient tuer là-bas. Ce cousin est allé voir même mon vieux pour lui dire de ne pas me permettre d’aller là-bas. Mais mon vieux a simplement dit que si je me comportais en fils de la localité, je n’allais pas avoir de problème mais c’est si je faisais des histoires où il n’en faut pas, que j’aurai des problèmes à mon tour. Mais finalement tout s’est bien passé parce que les gens ont vu en moi quelqu’un de sérieux.

 

Un message à l’endroit de la jeunesse ?

Je souhaiterais que les enfants qui veulent embrasser la carrière d’enseignant se conduisent en homme correcte parce que ce n’est pas n’importe qui, qui devient enseignant. C’est dommage que la recherche du travail a forcé les gens à devenir enseignant malgré eux. Mais ils doivent comprendre qu’on va à l’enseignement par vocation et on fait tout pour s’y adapter. L’enseignant est quelqu’un qui doit apprendre au jour le jour, qui est à la quête de nouvelles connaissances. Cela vous permettra d’améliorer vos conditions de vie en réussissant facilement à vos examens. Ensuite, il faut avoir l’amour des enfants en choisissant ce métier. Malheureusement, aujourd’hui quand je vais dans certaines écoles j’ai honte quand je vois certains enseignants. Des alcooliques qui se permettent d’aller à la craie, on se demande s’ils peuvent tenir. L’enseignant est un modèle et tu as l’obligation d’incarner ce modèle là. Mais l’alcool a fait qu’on a honte souvent même de dire qu’on est enseignant puisque ceux-là salissent ce métier très noble. J’invite donc les jeunes à se cultiver, à bien se conduire dans la société et à éviter l’alcool.

 

Votre mot de la fin

Merci pour l’occasion que vous m’offrez de placer un mot surtout à l’endroit de la jeunesse.

 

Propos recueillis et transcrits par Samira ZAKARI

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