A LA BARRE : « La vindicte populaire est illégale et illégitime », dixit le juriste Boni Zimé

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Depuis quelques jours, des actes ignobles et insoutenables de vindicte populaire sont constatés au Nord-Bénin. En espace de trois jours, deux êtres humains sont passés de vie à trépas dans ce phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur. Un jeune étudiant confondu à un présumé voleur de voiture a été brûlé vif le jeudi 21 octobre 2021 au quartier Dokparou, dans le troisième arrondissement de la ville de Parakou. Quelques jours après, un autre jeune homme a été bastonné à mort par une frange de la population à Banikoara. Face à ce phénomène qui fait couler beaucoup d’encre et de salive, la rédaction de Daabaaru s’est rapprochée d’un spécialiste des questions de droit pour en savoir plus sur cette notion. A travers une interview exclusive, le juriste Boni Zimé et responsable du cabinet juridique et fiscal “Le Mentor”, explique ce que c’est qu’une vindicte populaire et la différence entre la vindicte populaire et la légitime défense. De même, il parle des sanctions pénales qu’encourent les auteurs et instigateurs de cet acte. Lisez plutôt.

Daniel KOUAGOU

Daabaaru : Qu’est-ce qu’une vindicte populaire ? 

Boni Zimé : C’est une pratique arbitraire par laquelle un groupe de personnes se rend justice sans passer par la justice étatique qui est considérée comme une justice impartiale et indépendante, mais en se basant sur ses convictions personnelles. En clair, c’est une justice de fait et non de droit. Beaucoup définissent ce phénomène de justice privée sans la confondre avec l’arbitrage ou la compensation mais comme celle ayant existée dans l’antiquité et dans le moyen âge. C’est une pratique illégale et illégitime.

Peut-on délaisser le système juridique démocratique pour s’adonner à une vindicte populaire ? En d’autres termes, cette pratique est-elle autorisée?

Il importe de clarifier la place de cette pratique dans le système juridique actuel. La vindicte populaire n’est pas à confondre avec la légitime défense même si elles peuvent parfois se rejoindre. En affirmant son attachement aux principes de la démocratie et des droits de l’homme tels qu’ils ont été définis par la charte des Nations Unies de 1945 et la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’Etat béninois s’engage à garantir les libertés publiques, la dignité de la personne humaine et la justice pluraliste. Tout comme contenu dans les instruments juridiques précités, le Bénin abolit la peine de mort la torture et toutes autres atteintes à la dignité de l’homme. De ce fait, seule la justice étatique ayant force à s’appliquer sur le territoire béninois peut réprimer les différentes infractions.

La vindicte populaire est-elle punie au Bénin ?

Le code pénal béninois ne reste pas à l’écart face à cette menace. Il punit la vindicte populaire par les peines qui correspondent à celles prévues aux violences contre les personnes et contre les atteintes à la propriété.

Pourquoi malgré l’existence de la loi, le phénomène prend de plus en plus d’ampleur ? Les auteurs sont-ils souvent punis ?

C’est désolant et écœurant. Le fait que la pratique prend de l’ampleur, cela est dû au fait que les auteurs sont difficiles à être identifiés et parfois une excuse légale leur est accordée.

Votre mot de la fin 

Nul n’a le droit de se faire justice. Nous sommes dans un Etat de droit et il y a des juridictions compétentes lorsqu’on se sent victime d’injustice. Je voudrais inviter les populations à toujours se fier à la justice lorsqu’elles ont de problèmes.

 

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