Du 11 au 12 novembre 2025, des journalistes, Osc et bloggeurs venus des quatre départements du nord-Bénin étaient en atelier de formation et de sensibilisation sur les risques liés aux cryptoactifs, l’épargne formelle et la Loi n°2024-01 relative à la Lutte contre le Blanchiment de Capitaux et le Financement du Terrorisme (Lbc/Ft). Cet atelier régional est organisé par la Ligue pour la Défense du Consommateur au Bénin (Ldcb) et Bénin Santé et Survie du Consommateur (Bssc), toutes deux membres du Conseil National du Crédit (Cnc) de la Bceao, avec l’appui financier du gouvernement béninois à travers le Ministère de l’Economie et des Finances. Les travaux se sont déroulés à Parakou.
Wilfried AGNINNIN

Chaque jour que Dieu fait, l’on enregistre des victimes liées aux activités des cryptoactifs. En Afrique notamment au Bénin, il est de plus en plus constaté la montée en flèche des arnaques financières et des investissements illégaux liés aux cryptoactifs. Face à ce phénomène criant, le ministère de l'Economie et des Finances en charge de la Coopération avait pris une note en février 2023, interdisant les opérations d'appel public à l'épargne par des entités non agréées. Il a ainsi mis en garde contre les risques de pertes d'économies investies en dehors de la réglementation en vigueur. L’atelier de Parakou vient donc à point nommé et vise à renforcer les capacités des journalistes, et Organisations de la Société Civile (Osc) afin qu’ils puissent produire des contenus de sensibilisation adaptés, contribuant ainsi à l’éducation financière des populations et à la diffusion des messages de prévention. Pendant deux jours, les participants ont eu droit à des communications sur les risques et enjeux liés aux cryptoactifs ; les obligations légales et dispositions de la Loi n°2024-01 sur la Lbc/Ft ; le rôle des médias et Osc dans la protection des consommateurs et la production de contenus d’information et de sensibilisation responsables.
Pour Ernest Gbaguidi, Président de Bénin Santé et Survie du Consommateur (Bssc), cet atelier de formation s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations issues de la session du Conseil National du Crédit tenue le 23 septembre 2022, qui a préconisé un renforcement de la protection des consommateurs et épargnants face à la montée des arnaques financières et des investissements illégaux liés aux cryptoactifs. « Le régulateur, avec l'État, aura alors sa responsabilité de situer les populations sur les conduites à tenir. Et ce fut l'exigence des organisations de consommateurs qui ont souhaité que les populations soient informées sur la thématique, afin de démystifier et d'informer sur les dispositions réglementaires qui ont été prises en la matière », a-t-il fait savoir. Selon lui, les professionnels des médias et les Osc sont des éveilleurs de conscience. « On peut tout dire, la meilleure source d'information, c'est au niveau des médias. Et le meilleur relais, c'est au niveau des organisations de la société civile. C'est pourquoi, nous avons souhaité partager avec vous le contenu de ces documents, qui sont des documents normalisés », a reconnu Ernest Gbaguidi.

Médéric Houngbo, consultant et expert en inclusion financière a rappelé que les cryptoactifs, sont des actifs numériques qui sont portés par la technologie du blockchain. A l'en croire, c'est une révolution numérique qui a vu le jour en 2008, mais qui jusque-là ne sont pas encore encadrés dans leur fonctionnement par les autorités en charge de la régulation au sein de l'Uemoa. « Ce ne sont pas des actifs sur lesquels il faut s'aventurer pour épargner ou investir. C'est pourquoi aujourd'hui, il est important d'informer la population sur les risques liés à ces cryptoactifs. S'aventurer sur ce chemin, c'est de prendre le risque de perdre son épargne, puisqu'ils ne sont pas sécurisés, ni encadrés. Et ce n'est pas sûr que quand vous allez perdre votre épargne, vous aurez quelqu'un pour vous défendre. Les promoteurs peuvent d'un jour au lendemain partir avec votre argent », a-t-il déconseillé. C'est pourquoi, il a invité les populations à aller vers des institutions financières régulièrement réglementées au Bénin.
Dans sa communication sur, « Comprendre la Loi n°2024-01 sur la Lbc/Ft et ses implications », le juriste Fidèle Dossou et auditeur en droit du numérique et des affaires a souligné que les cryptoactifs constituent aujourd'hui des plateformes qui favorisent le blanchiment de capitaux qui définit comme "transformer l'argent sale en argent propre". « Parlant de nouveautés de cette loi, il faut constater que la loi a renforcé la cellule nationale de traitement d'information financière. Et cela est plus centralisé dans l'article 91 de la loi. La loi a aussi instauré ce qu'on entend par actif virtuel, et cela est consacré dans l'article 2 de la loi », a-t-il expliqué. Le juriste Fidèle Dossou a, par ailleurs, notifié que « la loi a également parlé des prestataires de services de cryptoactifs. Cela voudra dire que maintenant, on peut dire bien que les cryptoactifs ne sont pas encadrés, il y a quand même un régime juridique qui désormais nous permet de savoir ce qu'on entend par cryptoactif et qui sont ceux qui peuvent exercer, dans le domaine de cryptoactifs ». Cette loi a également instauré dans son article 11, le financement de la prolifération des armes de destruction massive. Sur les risques des cryptoactifs, il a mentionné la volatilité, la spéculation, l'anarchie, la cybercriminalité le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Les participants ont salué cette initiative et ont réaffirmé leur engagement à œuvrer pour une éducation financière responsable. Le même atelier de formation sera organisé dans les autres régions du pays.



