CÉLÉBRATION DES INDÉPENDANCES AFRICAINES DES ANNÉES 60 : « Les lendemains s’imposent et le ciel diplomatique doit être mieux scruté », dixit Dr Victor Dangnon

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Le Docteur Victor Dangnon a fait une analyse pertinente sur la célébration des indépendances africaines des années soixante. Dans son adresse, il interpelle les États africains à prendre leur responsabilité afin de réécrire leur propre histoire. À l’en croire, les lendemains s’imposent et le ciel diplomatique doit être mieux scruté, de crainte que le continent fasse du surplace. Voici l’intégralité de son analyse. 

Wilfried AGNINNIN

Célébration des indépendances africaines des années soixante

Je me voudrai bref et assez bref. À mon sens, la célébration de la date des indépendances, c’est aussi la consécration d’une articulation importante de l’histoire des peuples africains concernés, un rappel important et légitime de ce soleil marquant. Les peuples délivrés d’un joug direct de servitude devraient croire avoir une maison pour soi, excepté le dirigeant guinéen qui avait préféré un discours non conformiste, paraissait prévoyant d’une supercherie. Il voyait mieux que les autres qui recevaient et prononçaient phrases et virgules venues de la métropole. Sékou Touré réclamait déjà en 1958, en lieu et place respect et considération des Africains et leurs dirigeants. Il assumait, avec une fierté atypique, une isolation politique. Les martyrs et châtiments imposés pourraient être le terreau à la rigueur de sa gouvernance devenue dictatoriale, mise en publicité par l’occident. La suite est connue : l’homme meurt, le drapeau national resté levé et la pensée vivace : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage ».

Six décennies après, à l’évaluation, avait-il raison ou non ? La grande majorité de l’opinion africaine parle de plus en plus d’un marché de dupe. Cette impression péjorative, que les actualités n’arrêtent d’illustrer ne doivent pas mettre sous boisseaux la célébration de ces dates tampons.

Ce sont des évènements de recueillement qui nous interpellent sur le chemin fait, sur le chemin qui reste à faire, en interne ou en relation avec les autres partenaires. Les dernières crises diplomatiques entre les colonisateurs d’hier et les États indépendants révèlent assez de cachés. Le Mali en posture d’illustre conservateur de dignité et vu ailleurs comme polémiqueur des temps nouveaux. La France n’a pas manqué d’y perdre des plumes : renvoi, de Bamako, du patron de la diplomatie française et renvoi de la force française en séjour malien contre les terroristes. Passons sans insister sur les presses françaises suspendues de diffusion sur le territoire malien. Remarquer que les autres dirigeants ronchonnent aujourd’hui sous cape, entre hypocrisie et crainte de représailles. Toujours est-il que le sentiment de révolution se développe et se multiplie sous pression des peuples eux-mêmes. Dans tous les cas, le Mali vient d’enclencher une géopolitique modifiée qui intègre désormais la Russie dans l’espace africain. Les lendemains s’imposent et le ciel diplomatique doit être mieux scruté, de crainte que le continent fasse du surplace. C’est aussi une douloureuse opportunité pour la France : le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit, et l’obéissance en devoir, pour paraphraser Jean Jacques-Rousseau.

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