Après le décès du ministre des enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle Yves Kouaro Chabi, il a été remplacé par sa collègue Véronique Tognifodé cumulativement avec son poste de ministre des affaires sociales et de la microfinance. Le Préfet du Plateau Valère Setonnougbo a hérité du département du Zou après le décès de son collègue Firmin Kouton. A travers ces deux nominations qui font cumuler des postes à des cadres, Patrice Talon affiche clairement sa réticence à faire entrer de nouvelles têtes dans le couvent gouvernemental à environ un an de la fin de son mandat. S’agit-il d’un simple manque de confiance envers la classe politique environnante, ou d’une manœuvre savamment orchestrée pour verrouiller l’appareil d’État avant son départ ?
Wilfried AGNINNIN
Le Président Patrice Talon n’a visiblement pas changé depuis avril 2016 en termes de gestion des ressources humaines. Des cumuls de fonctions et des intérims prolongés sont observés dans plusieurs administrations. Avec encore pour certains ministères, des portefeuilles qui sont retranchés et réaffectés à d’autres ministères. Mais cette option ne devait en réalité étonner personne.
Pour qui connait Patrice Talon, l’homme est très méfiant, surveillant et regardant sur son encourage. Il est et demeure le maître d’orchestre de la rupture qui semble ne pas faire confiance à sa classe politique. D’ailleurs, plusieurs de ses plus proches collaborateurs ont démissionné ou ont été limogés du gouvernement. Cela pourrait se justifier par une crise de confiance qui ne dit pas son nom.
D’un autre côté, le cumul de postes en fin de mandat sous la rupture constitue une manœuvre et une stratégie pour verrouiller l’appareil d’État avant son départ. Le principe est clair : on ne change pas l’équipe qui gagne et la dynamique doit continuer autant que possible. C’est un système qui permettra de maintenir le cap dans la poursuite du programme d’action du gouvernement. Ainsi, il ne s’agirait pas à l’heure actuelle d’une entrée ni d’une sortie qui pourraient ralentir la dynamique en cours. Le Chef de l’État pense ainsi qu’il faut continuer le job avec les collaborateurs qui maîtrisent déjà le système mis en place et qui sont à la manette. Patrice Talon prouve à travers cette option de cumul de fonctions qu’on peut travailler avec une équipe à effectif réduit pour des résultats encore plus grands. C’est aussi une manière de préparer la relève pour faire face aux enjeux des élections générales de 2026.
Cependant, Patrice Talon ne doit pas oublier qu’il est en train de créer des frustrations en maintenant les mêmes cadres à des postes de responsabilité depuis 2016. Cette situation pourrait dégénérer et embrouiller les cartes. L’idéal serait de récompenser les personnes en attente qui ont mouillé le maillot pour son élection. Beaucoup sont laissés aujourd’hui sur le carreau. Mais tout compte fait, aucune décision n’est sans conséquences. Au moment venu, on pourra faire le point et en tirer les conclusions.



