Mobiliser des ressources pour les communes est une chose, réussir à les convertir en réalisations et en services au profit des populations en est une autre. Au Bénin, cette équation interpelle désormais les acteurs de la décentralisation, face aux importantes enveloppes financières qui peinent encore à être entièrement exécutées. Le défi appelle des réponses urgentes. Le Fonds d’Investissement Communal (Fic) entend ainsi impulser une nouvelle dynamique pour lever les obstacles et donner une meilleure portée aux investissements publics locaux. C'est tout l'enjeu d'un atelier de réflexion ouvert le jeudi 29 octobre à Cotonou.
S.A.A
L'équation du développement local au Bénin ne se résume plus à la mobilisation des financements. Elle pose désormais une autre exigence, celle de la capacité des collectivités territoriales à convertir effectivement les ressources disponibles en investissements utiles aux populations. C'est autour de cette problématique que s'est tenu ce jeudi 29 octobre, à l'hôtel Azalaï de Cotonou, un atelier décisionnel organisé par le Fonds d’Investissement Communal (Fic), sous la tutelle du ministère de l'Économie et des Finances chargé du Budget et de la Fonction publique. Cette rencontre s'inscrit dans le prolongement d'une étude stratégique réalisée en 2025 avec l'appui financier de la coopération allemande (Kfw), à travers la Commission Nationale des Finances Locales (Conafil). Les conclusions mettent en évidence que plusieurs dizaines de milliards de francs Cfa de ressources communales demeuraient non consommées à la date de l'étude. Des crédits reportés, des projets retardés et des investissements qui tardent à prendre forme, malgré les financements mobilisés.
Présidium des travaux
Pour Gabriella Spirli, cheffe de la Coopération Suisse au Bénin, cette difficulté d'absorption constitue un obstacle majeur à l'ambition de la décentralisation. Elle pointe notamment la complexité des procédures de passation des marchés publics, les lenteurs administratives, les insuffisances techniques en matière de maîtrise d'ouvrage et les contraintes particulières auxquelles sont confrontées les communes des zones fragiles, notamment dans le nord du pays. Face à ces difficultés, elle plaide pour « l'expérimentation d'un mécanisme d'urgence, temporaire et encadré, de passation des marchés publics au niveau communal, afin d'accélérer les investissements prioritaires ». Au nom du ministère chargé du Budget et de la Fonction publique, le directeur de cabinet Victorin Honvoh a, pour sa part, insisté sur la nécessité d'une responsabilité partagée entre l'État, les collectivités et les partenaires techniques et financiers. Il a notamment souligné que « les ressources non consommées représentent autant d'opportunités de développement différées pour les populations ». Son département se dit disposé à examiner les leviers relevant de ses compétences, notamment le renforcement des effectifs et des capacités, l'actualisation des procédures et la dématérialisation des opérations budgétaires.
Des autorités
Des participants
Au-delà des constats, l'atelier entend surtout déboucher sur des engagements mesurables. Le directeur général du Fic, Réginal Koumagbéafidé, a ainsi appelé les participants à privilégier des échanges pragmatiques, débouchant sur des actions concrètes. L'ambition est également de préserver les acquis des réformes de la décentralisation, tout en améliorant la gouvernance financière locale et les mécanismes de suivi-évaluation. L'Union européenne, la Banque mondiale, la Coopération Suisse et la Coopération allemande figurent parmi les partenaires associés à cette dynamique. Au terme de cette concertation, le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le volume des recommandations formulées mais leur traduction en mesures applicables.




