Au lendemain de l’attaque contre l’aéroport de Niamey, les autorités nigériennes ont rendu public un communiqué officiel à travers le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme du Niger, apportant des précisions sur les circonstances et l’état d’avancement des enquêtes. Mais à la lecture de ce document, un contraste frappant apparaît avec les premières accusations formulées par le chef de l’État, le général Abdourahamane Tiani, notamment contre le Bénin et son président, Patrice Talon.
Un communiqué officiel centré sur des faits internes

Dans son communiqué daté du 12 février 2026, le ministère nigérien de la Justice évoque une attaque visant à déstabiliser les institutions du pays, tout en mettant en avant la réactivité des forces de défense et de sécurité. Le document précise que les assaillants seraient entrés dans la capitale à bord d’un bus appartenant au ministère des Mines, détourné auparavant dans une zone frontalière. Le communiqué indique également qu’un commando s’est infiltré dans l’enceinte de l’aéroport en se faisant passer pour des agents de maintenance. L’intervention rapide et coordonnée des forces de sécurité aurait permis de contenir la menace, infligeant d’importantes pertes aux assaillants. À ce stade, dix-sept personnes ont été interpellées, dont des citoyens nigériens et burkinabè. Les autorités judiciaires soulignent que les investigations se poursuivent afin d’identifier les réseaux de soutien et d’éventuelles complicités. Toutefois, le communiqué reste strictement factuel et ne mentionne à aucun moment l’implication d’un État étranger, ni directement ni indirectement.
Des accusations présidentielles en décalage avec la communication officielle
Ce ton mesuré contraste fortement avec les premières déclarations du président Abdourahamane Tiani, qui a rapidement accusé plusieurs pays de la sous-région, dont le Bénin, d’être impliqués dans des tentatives de déstabilisation du Niger. Ces accusations, formulées avant même la publication des conclusions de l’enquête, apparaissent en décalage avec la prudence observée dans le communiqué officiel. En effet, aucune preuve, aucun élément ni aucune référence à une implication étrangère n’y figurent, ce qui met en évidence une divergence entre la communication politique du chef de l’État et la communication judiciaire de son propre gouvernement.
Une contradiction aux implications diplomatiques et politiques
Ce contraste soulève des interrogations sur la cohérence de la communication officielle nigérienne dans la gestion de cette crise. D’un côté, les autorités judiciaires adoptent une démarche rigoureuse, fondée sur les faits et les résultats progressifs de l’enquête. De l’autre, les déclarations présidentielles semblent s’inscrire dans une logique politique et diplomatique plus offensive, sans que les éléments présentés dans le communiqué ne viennent les étayer. Cette incongruité fragilise la portée des accusations portées contre certains pays voisins et pourrait accentuer les tensions diplomatiques dans la sous-région. Elle met également en lumière les enjeux politiques qui entourent la gestion sécuritaire au Niger, dans un contexte régional marqué par une forte sensibilité aux questions de souveraineté et de stabilité.
En attendant les conclusions définitives de l’enquête, le communiqué officiel apparaît comme un document de référence qui, par sa prudence et son contenu factuel, contraste nettement avec les accusations précoces formulées au sommet de l’État.
Barnabas OROU KOUMAN



