Au cœur de la société béninoise, une habitude fatale sévit. Il s'agit de l'automédication. L'automédication consiste à utiliser un médicament sans prescription médicale pour traiter un symptôme ou une affection que l'on juge anodin. Longtemps combattue par le gouvernement béninois, cette pratique aux conséquences fâcheuses persiste au sein des populations.
Une habitude aux multiples causes
Face à un mal de tête, une toux persistante ou une douleur musculaire, de nombreuses personnes se tournent directement vers leur pharmacie familiale sans consulter un professionnel de santé. Les antalgiques, les anti-inflammatoires, les sirops contre la toux ou encore certains antibiotiques conservés après un précédent traitement figurent parmi les produits les plus utilisés dans ce cadre. On rencontre aussi des médicaments en vente libre : paracétamol, ibuprofène, anti-inflammatoires, ou des traitements issus de la pharmacopée traditionnelle. Une partie importante de ces médicaments provient du marché informel.
Des citoyens entre ignorance et défi financier
Dame Salmata, femme au foyer et mère de deux enfants, pense qu'il est exagéré d'aller à l'hôpital pour un simple mal de tête. « Si les enfants ont des maux de tête ou de ventre, je leur donne des médicaments ; c'est au cas où ça ne va pas que je les emmène à l'hôpital », affirme-t-elle. Pour Martinou Olofindji, qui pratique parfois l'automédication, les moyens financiers entrent en jeu. « Dès qu'on se rend dans les hôpitaux ou cliniques, il y a des factures à payer », estime-t-il. Sieur Boukari affirme, quant à lui, ne pas pratiquer l'automédication de peur d'en subir les séquelles. « Il y a certaines personnes, si elles prennent des produits comme ceux du Nigéria, elles se grattent le corps ou n'arrivent pas à dormir », déclare-t-il.
Un soulagement de façade pour des conséquences lourdes
Si elle peut sembler pratique et économique, elle n'est pourtant pas sans danger. Ce geste anodin peut donner lieu à des complications inédites. Cette pratique, prisée pour son accessibilité financière, expose ses adeptes à de multiples incidences.
Docteur Moussa Ayedoun, médecin généraliste en service à Parakou, expose les conséquences. Au-delà des risques de surdosage et d'effets secondaires, cette habitude expose les patients à des allergies. « Malheureusement, il y a des gens qui ne se savent pas du tout allergiques à des produits, qui prennent ces produits et développent des effets sévères », explique-t-il. Les conséquences peuvent être graves, notamment chez les personnes suivant un traitement contre le diabète, l'hypertension ou les maladies cardiaques. Il ajoute que « des patients prennent des produits à base de tramadol et se retrouvent hyperesthésiques, hémiplégiques ou encore aphasiques ». Une consommation excessive ou mal adaptée favorise le développement de bactéries résistantes, rendant les infections plus difficiles à traiter à l'avenir. Dr Moussa Ayedoun conseille alors aux citoyens de se rapprocher des centres de santé, car un petit mal de tête peut cacher une insuffisance rénale ou une infection capable de se propager et de conduire au pire.
Dans un contexte où l'accès à l'information médicale est facilité par Internet et les réseaux sociaux, il urge que la population béninoise se méfie de ces produits. L'OMS recommande une automédication responsable, définie par l'utilisation de médicaments autorisés, accessibles sans ordonnance, sûrs et efficaces lorsqu'ils sont utilisés selon les conditions indiquées. Car si certains médicaments sont disponibles sans ordonnance, aucun n'est totalement dépourvu de risques. L'automédication doit donc rester un acte prudent, responsable et encadré afin de préserver la santé de chacun.
Ahouéfa Bernidolle Gwladys AKAKPO (Stg)




