PRÉVENTION DU PALUDISME EN SAISON PLUVIEUSE : Les conseils pratiques du docteur Sylvanus Dingboe

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La saison pluvieuse est une période par excellence où l’on note plus de cas de paludisme. Une maladie causée par le parasite Plasmodium qui se transmet par les piqûres de moustiques anophèles femelles infectées. Ce mal continue d’être un problème de santé publique surtout dans la population infantile et reste la maladie parasitaire la plus répandue dans le monde. Face à ces conséquences, le docteur Mahuena Sylvanus Wilfried Dingboe Médecin Généraliste et Chef Clinique Ph Natitingou donne les conseils pratiques et invite les populations à la prévention pour lutter contre cette maladie. C’est à travers une interview exclusive accordée au quotidien Daabaaru. Lisez plutôt. 

Wilfried AGNINNIN

Daabaaru : Merci de vous présenter s’il vous plaît

Docteur: Dr. Mahuena Sylvanus Wilfried Dingboe, Médecin Généraliste, Chef Clinique Ph Natitingou

Qu’est-ce que le paludisme ?

Le paludisme est une maladie humaine fébrile aiguë causée par le parasite Plasmodium qui se transmet par les piqûres de moustiques anophèles femelles infectées. Notons que le Plasmodium falciparum est le seul responsable des formes graves de la maladie en Afrique.

Pourquoi le paludisme continue d’être un problème de santé publique surtout dans la population infantile ?

Le paludisme reste la maladie parasitaire la plus répandue dans le monde. Selon l’Oms (2020), on estimait à 241 millions le nombre de cas de paludisme dans le monde, dont 627 000 décès. La Région africaine de l’Oms supporte une part importante et disproportionnée de la charge mondiale du paludisme. En 2020, 95% des cas de paludisme et 96% des décès dus à la maladie ont été enregistrés dans cette Région. Les enfants de moins de 5 ans représentaient 80 % de l’ensemble des décès dus au paludisme dans la Région.

Quels sont les facteurs favorisant le paludisme ?

Les facteurs favorisants le paludisme sont liés aux facteurs favorisants la reproduction et les piqûres des moustiques anophèles femelles infectées. Au nombre de ceux-ci, on peut énumérer : l’humidité, l’existence de points d’eau sale, l’absence de barrières antimoustiques, d’insecticide, d’insectifuge et bien d’autres.

Quelles sont ces manifestations ?

Les manifestations cliniques du paludisme sont classées selon l’évolution de la maladie. On parlera ainsi du paludisme simple et du paludisme grave. Pour ce qui est du paludisme simple, le plus souvent, il s’agit de la présence de l’un ou de plusieurs signes suivants: une fièvre qui peut être isolée, des maux de têtes, des frissons, une sueur anormale, une nausée avec ou sans vomissement, un embarras gastrique, la courbature, une perte de l’appétit, des urines foncées. En général, l’état général est conservé dans le paludisme simple.

Par contre dans le paludisme grave, le tableau est plus bruyant avec des signes de gravité et de dangers qui menacent la vie du sujet. Au nombre de ceux-ci, on peut énumérer : une incapacité de boire, des vomissements incoercibles (le patient vomit tout ce qu’il consomme), des convulsions répétées, une léthargie ou trouble de la conscience voire coma, une fatigue extrême, une anémie sévère, des difficultés respiratoires, des hémorragies spontanées, un Ictère cutanéo-muqueux (teinte jaune des téguments et muqueuses), une hémoglobinurie (urines coca-cola).

Il est important de noter que les manifestations du paludisme ne sont pas spécifiques de la maladie et peuvent se retrouver dans d’autres affections d’où l’intérêt de faire consulter le patient pour un traitement adéquat par un agent de santé qualifié.

Quelles sont les mesures de prévention du paludisme en cette période de pluie ?

La période de pluie avec l’humidité que cela génère et les points d’eau autour des concessions que cela peut laisser est reconnue comme une période favorable pour la reproduction massive et les piqûres répétées des moustiques avec pour corollaire une flambée des cas de paludisme.

C’est donc une période sensible où les mesures de prévention contre le paludisme doivent être renforcées en s’appuyant sur :

– La Lutte anti-Vectorielle qui passe par l’utilisation de Moustiquaires imprégnées d’insecticides surtout chez les sujets à risque (enfants de moins de 5 ans, drépanocytaires, femmes enceintes, voyageurs provenant de zones non impaludées, retour en zones de forte endémicité après 6 mois ou plus d’absence, toutes personnes de zones de faible endémicité), la pulvérisation d’insecticides à l’intérieur des habitations, l’utilisation d’insectifuges, la pose de grillage (portes, fenêtres,…), l’assainissement du milieu de vie.

– La chimiothérapie préventive qui est l’utilisation de médicaments ou d’associations médicamenteuses visant à prévenir l’infection palustre et ses conséquences. Elle comprend la chimioprophylaxie, le traitement préventif intermittent du nourrisson et de la femme enceinte, la chimioprévention saisonnière et l’administration massive de médicaments.

– Le traitement rapide et adéquat des formes simples de paludisme surtout les sujets à risque.

Par ailleurs, depuis octobre 2021, l’Oms recommande aussi une large utilisation du vaccin antipaludique Rts, S/AS01 chez l’enfant dans les zones à transmission modérée à forte du paludisme à P. falciparum. Il est démontré que le vaccin réduit considérablement la morbidité et la mortalité palustres chez le jeune enfant. Notons que ce vaccin n’est pas encore disponible sous nos cieux.

Quelles sont les mesures de prévention spécifiques aux enfants ?

Toutes les mesures de prévention du paludisme sont adaptées aux enfants. Sauf que sous nos cieux, nous allons insister sur la lutte antivectorielle, et la chimiothérapie préventive en attendant la disponibilité du vaccin.

Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit des populations ?

A la population, je voudrais rappeler que le paludisme reste une maladie grave qui tue un enfant chaque minute dans le monde surtout en Afrique, au Sud du Sahara, dont le Bénin fait partie. Ses symptômes sont facilement reconnaissables et la guérison possible. Il est important de se référer dès l’apparition des premiers signes à un agent de santé qualifié pour une prise en charge adéquate. Attention à l’automédication.

La prévention reste la meilleure arme de lutte contre la maladie.

Je vous remercie!

Propos recueillis par Wilfried AGNINNIN

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