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Sauvegarde des valeurs culturelles au Bénin et au Togo: le Corps des Volontaires Béninois dote le Koutammakou d'une boussole climatique

Sauvegarde des valeurs culturelles au Bénin et au Togo: le Corps des Volontaires Béninois dote le Koutammakou d'une boussole climatique

Le Bénin et le Togo ont lancé le tout premier rapport d'évaluation des risques climatiques et de stratégie d'adaptation du Koutammakou, le pays des Batammariba. Il est porté par le Corps des Volontaires Béninois (Cvb) avec l'appui des Ministères de la Culture du Bénin et du Togo, des directions du patrimoine et des partenaires techniques et financiers. Les travaux se sont tenus le lundi 10 août 2026, à la salle de réunion de la Mairie de Nadoba au Togo. Le rapport s'inscrit dans le cadre de l'initiative internationale Preserving Legacies. Il établit un niveau de risque critique pour la valeur architecturale des sikien et propose un cadre opérationnel d'adaptation.

Wilfried AGNINNIN


Le Koutammakou, le pays des Batammariba est un bien transfrontalier Togo-Bénin inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2004. Il fait, cependant, face à des mutations climatiques profondes. Une évaluation menée auprès de 277 acteurs dans le cadre de Preserving Legacies prévoit une hausse pouvant atteindre +5°C d'ici 2080. C'est donc pour comprendre, prévenir et faire face à ces risques que le Cvb a élaboré et lancé ce rapport en collaboration avec ses partenaires et les communautés du pays des Batammariba. L'enjeu est tout simple : préserver un paysage culturel vivant tout en renforçant la résilience des populations face au climat.

Selon le Directeur Exécutif (De) du Cvb Ibrahim Tchan, les changements climatiques sur le site de Koutammakou ne sont pas des phénomènes nouveaux. Il faut donc travailler pour pouvoir les prévenir. Ainsi, les données de 1979 à 2025 ont été analysées et révèlent des variations de température qui sont allées de 1 jusqu'à 1,5 Celsius. « Nous nous sommes projetés à l'horizon 2080 dans deux différents scénarios. Le premier scénario, c'est le scénario intermédiaire, c'est-à-dire le scénario dans lequel si la trajectoire d'émission des gaz à effet de serre reste dans la trajectoire d'aujourd'hui, c'est-à-dire l'industrialisation, la volonté des États de s'adapter, à aller vers la transition énergétique, les politiques d'adaptation au plan mondial, restent dans les mêmes scénarios, à l'horizon 2080, malheureusement, le Koutammakou va quand même se réchauffer jusqu'à 3 degrés Celsius. Nous nous sommes dit aussi qu'on va essayer d'analyser le scénario catastrophique, c'est-à-dire le scénario dans lequel le monde tourne sur des émissions de gaz à effet de serre à une vitesse vraiment exponentielle, les entreprises tournent à plein régime et où les politiques d'adaptation, de transition énergétique ne sont pas forcément au cœur des priorités de plusieurs États. Et dans ce scénario, laissez-moi vous dire que de 3,3 degrés Celsius, nous passons à 5 degrés Celsius pour le Koutammakou », a-t-il expliqué. Ces variabilités climatiques ne sont pas sans conséquences sur le Koutammakou. Vagues de chaleur ; saisons de pluie beaucoup plus courtes, mais beaucoup plus abondantes ; saison sèche beaucoup plus longue avec des événements de vents violents, des tempêtes sont autant d'effets à prévenir. Pour un Koutammakou vivant et résilient, le rapport propose une adaptation aux changements climatiques. « Il faut anticiper, il faut faire de la conservation préventive. Il faut chercher des solutions et surtout travailler avec les communautés locales qui savent déjà s'adapter depuis très longtemps. Donc, il suffit de les aider, de les accompagner pour améliorer leur capacité d'adaptation », a appelé Ibrahim Tchan.

Le Directeur du Patrimoine Culturel (Dpc) du Bénin Djimmy Djiffa Edah, pour sa part, a fait savoir que ce rapport constitue une étape importante et doit permettre de mieux connaître les risques, d'en mesurer les incidences sur le patrimoine et d'orienter les réponses à mettre en œuvre. « Le Bénin réaffirme ainsi sa pleine disponibilité à poursuivre avec la partie togolaise cette dynamique de coopération transfrontalière. Nous sommes convaincus que la solidarité durable du Koutammakou passe par une nation commune, fondée sur la connaissance, la prévention des risques, l'adaptation aux changements climatiques et surtout la responsabilisation de tous les acteurs », a-t-il exprimé. Il a, par ailleurs, fait remarquer que le lancement de ce rapport ne doit donc pas être considéré comme l'aboutissement d'un processus. « Il doit constituer un point de départ pour une nouvelle étape de notre action collective en faveur de la résilience du Koutammakou et de la sauvegarde de sa valeur universelle exceptionnelle », a ajouté le Dpc du Bénin Djimmy Djiffa Edah.

Le Professeur Armand Natta, dans son intervention, a salué cette initiative du Cvb avant de faire le plaidoyer pour l'amélioration du rapport. Il a proposé le financement de la recherche scientifique sur le Koutammakou à travers la rédaction des mémoires de Master et des thèses de doctorat. Cela permettra d'avoir un document de référence scientifique.

En procédant à la clôture de l'activité, le représentant du Dpc du Togo Labounamah N'Poh Natta a salué et réaffirmé l'engagement de l'État togolais à œuvrer pour la sauvegarde du patrimoine Koutammakou. « La rencontre de ce jour a permis de comprendre les menaces que les changements climatiques ont posées sur le paysage culturel du Koutammakou, mais également de mesurer les possibilités dont nous disposons pour renforcer sa résilience. Une conviction forte se dégage de nos travaux. Nous ne pouvons plus attendre que les effets du changement climatique se manifestent. La conservation du Koutammakou doit désormais s'inscrire dans une démarche d'anticipation, de prévention et d'adaptation », s'est-il réjoui.

Le rapport ainsi lancé, les différentes parties prenantes ont appelé à intégrer les risques climatiques dans la gouvernance et les plans de gestion du site, à renforcer le mécanisme de suivi, à mobiliser des financements pour l'entretien climatique des sites, à protéger les ressources naturelles et à renforcer les capacités des différents acteurs. L'initiative est soutenue par l'Icomos, la National Geographic Society, Preserving Legacies, le Corps des Volontaires Béninois (Cvb) et le Climate Heritage Network (Chn).

Il faut rappeler qu'au cours de cette activité deux projets ont été présentés. Le premier projet porte sur le « Reboisement communautaire pour l'adaptation au changement climatique dans le Koutammakou » et le second sur le « Renforcement de la résilience du patrimoine culturel du Koutammakou face aux changements climatiques et aux conflits Bénin-Togo ».

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