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Solidarité et protection sociale: canne blanche, l'allié qui libère les pas des personnes malvoyantes

Solidarité et protection sociale: canne blanche, l'allié qui libère les pas des personnes malvoyantes

Symbole d'indépendance pour les personnes malvoyantes, la canne blanche reste pourtant méconnue par les populations. Des personnes déficientes visuelles hésitent encore à l'utiliser, et trop de passants ignorent comment réagir à sa vue. Dans cet entretien exclusif, le Directeur du Centre de Promotion Sociale des Aveugles (Cpsa) de Parakou, Alexis Boton, explique son rôle, son apprentissage et le comportement à adopter par les citoyens face à ses utilisateurs. Lisez ci-dessous l'intégralité de cette interview réalisée par la rédaction de Daabaaru.

Wilfried AGNINNIN


Journaliste Daabaaru : Monsieur le Directeur, qu'est-ce que la canne blanche et quelle est son importance dans le quotidien d'une personne aveugle ou malvoyante ?

Directeur Cpsa-Parakou : La canne blanche est un outil qui facilite la mobilité aux personnes handicapées visuelles. C'est d'ailleurs le symbole à l'échelle internationale de la cécité, de la malvoyance, qui permet aux personnes handicapées de pouvoir se déplacer avec beaucoup plus d'autonomie et de pouvoir participer aux activités de la cité. Qui d'entre nous n'est pas appelé à bouger, à se déplacer chaque jour ? On ne peut pas croiser les bras pour gagner sa vie. C'est un outil d'autonomisation, un outil de sécurité, un outil qui facilite pleinement la mobilité aux personnes malvoyantes.

Concrètement, comment la canne blanche facilite-t-elle les déplacements et favorise-t-elle l'autonomie de ces utilisateurs ?

La canne blanche facilite la mobilité aux personnes handicapées parce que ça leur permet d'abord d'éviter les obstacles éventuels qui sont devant eux, puisque c'est à travers des mouvements de balayage au sol que ça permet de voir : là où je vais poser mes pas, est-ce que c'est sécurisant pour moi ? Est-ce qu'il n'y a pas un obstacle que je veux cogner ? Est-ce qu'il n'y a pas une pierre, peut-être une barre de fer ou bien quelque chose qui va m'empêcher d'évoluer ? En faisant ce mouvement avec toute la technique qui l'accompagne, ça leur permet de se déplacer en toute sécurité et de vraiment être plus ou moins autonomes dans leur déplacement.

L'utilisation de la canne blanche nécessite-t-elle un apprentissage particulier ? Comment se déroule cet apprentissage ?

Absolument, pour utiliser la canne blanche, il faut bien apprendre ça, parce que c'est une question de technique, et nous, au Cpsa de Parakou, nous avons une unité d'apprentissage de ces choses-là que nous appelons la réadaptation, qui est une unité d'initiation d'abord à l'écriture braille, où également nous apprenons aux personnes handicapées de la vue à faire le deuil du handicap et à pouvoir reprendre confiance en elles-mêmes pour faire face à la vie, parce que le handicap, il faut bien l'accepter dans la tête pour évoluer. Comment faire la mobilité, l'orientation, comment prendre des repères dans la rue, comment utiliser, quelles sont les techniques d'utilisation de la canne blanche, eh bien tout cela, ces techniques sont données au niveau de cette unité d'apprentissage de formation dans notre centre, et donc, en conclusion, je veux dire que pour utiliser la canne blanche à bon escient, il faut bien apprendre à l'utiliser. C'est vrai que nous voyons, dans la rue, dans la vie courante, pour telle ou telle raison, nos frères et sœurs qui n'ont pas, ou bien qui n'ont pas connaissance de l'existence de la canne blanche, qui utilisent quelques bouts de bois pour se déplacer, ou c'est parce qu'ils n'ont pas les moyens pour se la procurer, ou parce qu'ils ne savent même pas que ça existe. Je leur dis que la canne blanche existe et est destinée aux personnes handicapées de la vue, comme étant un symbole mondialement reconnu uniquement pour ces personnes handicapées, pour que la société puisse faire attention à leur présence parmi nous.

Alexis Boton, Directeur du CPSA de Parakou

Au Bénin, notamment dans le septentrion, les personnes déficientes visuelles ont-elles facilement accès à cet outil ?

Chez nous, au centre ici, nous faisons des acquisitions, l'État met également à notre disposition ces cannes blanches. Nous avons également des médecins, des personnes de bonne volonté qui viennent à notre secours par moment pour pouvoir nous aider à en avoir, si bien que lorsque nous en avons besoin, ils n'ont simplement qu'à exprimer la demande et puis les cannes leur sont données. Sinon, en réalité, il faut aller acheter, il faut se procurer une canne blanche.

Quel message adressez-vous aux personnes aveugles ou malvoyantes qui hésitent encore à utiliser la canne blanche ?

Effectivement, il y en a qui ne veulent pas assumer le statut de personnes handicapées. C'est un complexe, mais nous, on leur apprend à aller au-delà de cela, parce que le handicap n'est pas une maladie. C'est vrai, la maladie peut conduire au handicap, mais lorsque le handicap s'installe, c'est de façon durable. Et donc, il faut accepter ça et utiliser les moyens qui sont adaptés pour pouvoir se protéger, se déplacer en toute sécurité, en toute autonomie. Et l'un de ces moyens-là, c'est la canne blanche pour le cas d'espèce. J'invite les personnes handicapées de la vue qui n'ont pas l'habitude d'utiliser la canne blanche, parce que quand ils prennent la canne blanche, ils se disent, bon, on va dire : il est venu pour mendier, il est venu pour tendre la main. Non, il faut assumer sa situation. C'est pour leur sécurité, c'est pour leur autonomisation que tout ça a été mis en place comme dispositif. Je les invite à utiliser la canne blanche sans complexe aucun et en toute conscience.

Quel comportement les populations doivent-elles adopter face à une personne qui se déplace avec une canne blanche ?

Je l'ai dit tantôt, lorsqu'une personne malvoyante ou non-voyante tient une canne blanche, c'est déjà un appel à l'aide. Elle est limitée dans sa mobilité. La canne blanche ne peut pas tout faire. Lorsque vous avez la canne blanche, vous balayez le sol, vous ne balayez pas dans l'air ; tout ce qui vous entoure, vous ne le savez pas : il peut y avoir une corde, il peut y avoir une barre qui traverse la voie quelque part. Et donc, je vais demander à la communauté, à la population, de faire attention à la présence des personnes handicapées visuelles qui tiennent des cannes blanches dans leurs mains, pour marquer d'abord leur présence et leur reconnaissance en tant que personnes handicapées de la rue. Donc on fait attention à leur présence et à les aider. Lorsque je suis au bord de la voie, je vois une personne malvoyante ou non-voyante au bord de la voie qui veut traverser, malgré les techniques qu'on lui a apprises pour que la population, la circulation puisse s'arrêter pour qu'ils traversent. Je peux le tenir par la main, me présenter à lui, le tenir par la main et l'aider à se déplacer, à traverser la voie pour continuer son chemin. Donc plus d'attention, plus de solidarité et plus de soutien aux personnes handicapées.

Interview réalisée et transcrite par Wilfried AGNINNIN


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