Revenir à l'accueil
Soutenance à l'Université d'Abomey-Calavi: Moufalilou Salifou décroche son doctorat en sociologie du développement

Soutenance à l'Université d'Abomey-Calavi: Moufalilou Salifou décroche son doctorat en sociologie du développement

 L’École Doctorale Pluridisciplinaire « Espaces, Cultures, Développement » de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) a servi de cadre, le samedi 7 février 2026, à la soutenance de thèse de doctorat de Moufalilou Kimba Salifou. Au terme de la soutenance, il a été élevé au grade de docteur de l'Uac en Sociologie du développement, avec la mention Très honorable assortie des félicitations du jury.

Wilfried AGNINNIN 

Devant un jury international composé d’éminents professeurs titulaires venus des Universités de Lomé, Joseph KI-Zerbo de Ouagadougou, de Parakou et d’Abomey-Calavi, l’impétrant a défendu ses travaux consacrés à un sujet sensible et d’actualité, « Construction culturelle de la femme et persistance du “Bãgo” (excision) en milieu Baatonu dans la commune de Nikki au Nord Bénin ».

Une problématique sociale toujours d’actualité

Au cœur de cette recherche, la persistance des Mutilations Génitales Féminines (Mgf) dans l’aire culturelle Baatonu, malgré leur criminalisation et les nombreuses campagnes de sensibilisation menées depuis plusieurs années.

S’appuyant sur une recherche empirique rigoureuse, fondée sur des données de terrain et des analyses scientifiques, le désormais docteur met en lumière un paradoxe préoccupant. En dépit de l’arsenal juridique adopté dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, dont le Bénin, la pratique subsiste. Selon ses conclusions, l’application des lois demeure souvent légère et épisodique. Plus encore, le phénomène tend à se déplacer vers la clandestinité. Dans certaines zones rurales difficilement accessibles, de nouvelles stratégies sont développées par les praticiens, rendant la détection et la répression plus complexes.

Des facteurs socioculturels profondément enracinés

À la question centrale, quels sont les facteurs socioculturels, économiques et institutionnels qui expliquent la persistance des Mgf en milieu Baatonu ? Les résultats de l’étude apportent des éléments éclairants. Les analyses révèlent que la pratique est profondément ancrée dans les représentations culturelles et les croyances collectives. Stéréotypes de genre, normes sociales, pressions communautaires et conceptions traditionnelles de la féminité participent à sa perpétuation. Les motivations évoquées sont multiples : raisons sociologiques et religieuses, justifications psycho-sexuelles, considérations hygiéniques ou médicales parfois erronées, intérêts économiques, voire croyances mystiques dans certaines communautés. Autant de facteurs qui contribuent à légitimer une pratique pourtant reconnue comme néfaste.

Un enjeu de santé publique et de développement

Les travaux présentés soulignent également les conséquences sanitaires graves des mutilations génitales féminines. Morbidité élevée, complications liées aux conditions d’intervention (instruments souillés, absence d’hygiène, manque de compétence technique) et, dans certains cas, mortalité : les risques sont considérables et varient selon le type de mutilation pratiquée. Au-delà de la dimension des droits humains, le chercheur insiste sur le caractère structurel du phénomène. Pour lui, la question des Mgf s’inscrit pleinement dans le champ de la sociologie du développement. La persistance de cette pratique constitue un frein au progrès social, à la santé des femmes et à l’émancipation féminine.

Repenser les stratégies de lutte

En conclusion, la thèse met en évidence que les lois et la répression, à elles seules, n’ont pas d’effet dissuasif significatif. La pratique a évolué, de nouveaux acteurs sont apparus, et les résistances culturelles demeurent fortes. Face à ce constat, l’auteur appelle à repenser les stratégies de lutte, en tenant compte des réalités socioculturelles locales. Il plaide pour des approches plus inclusives, associant communautés, leaders traditionnels et religieux, institutions étatiques et organisations de la société civile.

Par la qualité scientifique de ses analyses et la pertinence sociale de sa problématique, le travail de Moufalilou Kimba Salifou apporte une contribution notable à la réflexion sur les dynamiques culturelles et les défis du développement au Bénin.

À lire aussi