Au Bénin, les prénoms endogènes occupent une place importante dans la transmission de l’identité culturelle. Derrière chaque nom se cachent souvent une histoire, une valeur, une circonstance de naissance ou encore un héritage familial. Cependant, l’influence croissante des prénoms modernes et étrangers se fait sentir. Des citoyens parakois et des sachants du domaine se prononcent sur cette question.
Ahouéfa Bernidolle Gwladys AKAKPO (Stg)
Un prénom ne sert pas uniquement à identifier une personne. Dans de nombreuses familles, notamment parakoises, il constitue un véritable lien avec les origines. Certains prénoms rappellent les circonstances entourant la naissance d’un enfant, expriment un souhait des parents ou traduisent une valeur considérée comme essentielle dans la communauté. Chez les jeunes notamment, la valorisation des prénoms endogènes peut contribuer à renforcer le sentiment d’appartenance culturelle.
Azimi Yacoubou Sidibé est convaincue que les prénoms endogènes sont la trace d’un héritage indélébile. « On peut ne pas savoir où on va, on doit savoir d'où l'on vient », affirme-t-elle avec fermeté. Pour elle, nommer un enfant ne se résume pas à lui donner un simple prénom, mais à laisser une trace de son héritage. « Dès que ma fille est née, sa grand-mère paternelle lui a automatiquement donné un prénom endogène ». Sa belle-famille a donc joué un rôle important dans la transmission de cet héritage, ce qui traduit toute l’importance de cette pratique. Connaître la signification de son prénom et l’histoire qui l’accompagne permet de mieux comprendre une partie de son identité.
Cependant, l’évolution des modes de vie et l’influence des cultures étrangères modifient progressivement les habitudes de nomination. Abibou Issifou, jeune Bariba, aurait aimé se rendre à Nikki pour la Gaani afin d’y être baptisé et recevoir son prénom traditionnel bariba. « Les parents n'ont pas voulu, parce que le vieux chez qui j'ai grandi accorde une grande importance à la religion », confie-t-il. La religion devient ici pour lui un obstacle à son désir d’avoir un prénom endogène. Il invite alors les jeunes parents à ne pas priver les enfants de cet héritage : « Quelle que soit votre ethnie, quelle que soit votre religion, n’oubliez pas la tradition ».
À Parakou en particulier, l’utilisation de prénoms endogènes est très fréquente, en raison de la prédominance de l’ethnie Baatonu. Idrissou Baré Alfa Taffa, tradipraticien et consultant culturel, met en lumière le choix du prénom en milieu baatonu. « Autrefois, les prénoms étaient choisis au sein du cercle familial par les personnes les plus âgées. À la naissance, elles se réunissaient pour analyser le contexte dans lequel l’enfant est né », affirme-t-il, confirmant ainsi que les prénoms ne se donnaient pas au hasard. Selon lui, à Parakou, « ce n’est pas la modernisation, mais l’ignorance » qui pousse les jeunes parents à se passer de noms autochtones. Pour préserver cet héritage, il mise sur la communication et l’éducation. « C’est d’abord une question d’éducation, d’information et de communication », explique-t-il. Il faut, dit-il, élever les plus petits dans cet esprit et sensibiliser les adultes à l’importance de cette pratique. Le consultant culturel lance un appel : « Que chacun prenne à deux mains sa tradition, ses origines. Qu'on le veuille ou non, si nous-mêmes nous n’en souffrons pas, nos progénitures en souffriront ».
Les prénoms endogènes participent ainsi à la préservation des langues et des traditions. Lorsqu’un enfant porte un prénom issu de sa langue maternelle, il devient, d’une certaine manière, porteur d’une partie de l’histoire et de la culture de sa communauté. Son prénom peut susciter la curiosité et permettre aux jeunes générations de mieux comprendre leurs racines.
Pour les familles, donner un prénom endogène peut également être une manière de transmettre un héritage. Au-delà de sa signification, le prénom peut rappeler les grands-parents, les ancêtres ou une histoire particulière qui mérite de rester dans la mémoire familiale.
Certains parents privilégient désormais des prénoms internationaux, parfois au détriment des appellations traditionnelles. Cette évolution ne signifie pas nécessairement un rejet de la culture locale, mais elle pose la question de la place accordée aux langues et aux identités endogènes dans une société en pleine transformation.
Préserver les prénoms endogènes, c’est donc bien plus que conserver des noms anciens. C’est maintenir vivant un patrimoine immatériel qui relie les générations et rappelle que chaque identité porte une histoire qui mérite d’être connue et transmise. Qu’ils soient religieux, personnels ou autres, aucun facteur ne devrait empêcher un parent de donner un prénom autochtone à sa descendance.




