VIE D’UN JOURNALISTE : Nicaise Miguel dévoile certains secrets du monde de la presse « Notre presse est malheureuse… », dixit le journaliste

5 ans ago | Written by
37 844 vues
0 0

VIE D’UN JOURNALISTE

Nicaise Miguel dévoile certains secrets du monde de la presse

« Notre presse est malheureuse… », dixit le journaliste

Aller à la quête de l’information pour révéler à la face du monde ce qui est caché ou méconnu de tous. C’est l’une des missions du journaliste. Ainsi, ayant une passion pour le métier de journaliste depuis tout jeune, Nicaise Miguel a réussi à réaliser son rêve qui est d’exercer cette profession grâce à une bourse qui l’a fait voyager hors du Bénin pour une formation dans ce domaine. Journaliste spécialiste des questions de politique internationale, Nicaise Miguel a, grâce à son talent et son expertise dans le domaine de la presse, su se mettre au service de son pays à travers l’Office de Radiodiffusion et de Télévision du Bénin (Ortb) où il a servi avec détermination pendant plusieurs années. Pour en savoir plus sur l’homme, Nicaise Miguel nous livre ici quelques temps forts de sa carrière. Lisez plutôt

Daabaaru : Pourquoi avez-vous choisi faire carrière dans le domaine du journalisme ?

Nicaise Miguel : La première raison qui m’a poussée dans ce domaine c’est la vocation. J’ai compris que pour être journaliste, il faut en avoir la vocation, ensuite le talent et enfin le patriotisme. Je me suis donc orienté vers le journalisme parce que j’ai senti que j’en avais la vocation, le talent et j’étais patriote.

Comment êtes-vous donc devenu journaliste ?

Il faut dire qu’à notre époque avant d’intégrer un métier ou l’université on devait faire la formation militaire. Ainsi après cette formation que j’ai faite dans les années 1978-1979 au Ceg Kandi, j’ai intégré l’Université pour poursuivre mes études. Mais il s’est fait qu’à l’époque il n’y avait pas d’école de journalisme sur le campus. Je me suis donc inscrit en philosophie français puis par la suite en sociologie. Et c’est durant ce parcours que j’ai eu une bourse de la Russie pour aller étudier le journalisme, spécialité journalisme international. Je me suis rendu en Russie de 1982 à 1989 pratiquement la veille de la conférence des forces vives de la Nation à laquelle j’ai d’ailleurs pris part. De retour au Bénin j’ai commencé par un stage à l’Ortb, et les gens ont eu le temps de m’observer travailler. J’ai par la suite été contractuel pendant des années avant d’être finalement recruté dans la fonction publique le 1er janvier 1992.

Comment étaient vos débuts dans votre carrière ?

Les débuts étaient plutôt agréables, je dirai. J’ai été bien accueilli et il y avait une bonne ambiance de travail.

Parlez-nous alors des avantages liés à votre métier

Des avantages il y en avait, mais il faut préciser que les avantages du métier de journaliste ne sont pas d’ordre matériel. Les premiers avantages sont que vous gagnez beaucoup en connaissance, vous vous faites beaucoup de relations. Vous êtes comme un ambassadeur, moi par exemple  je suis journaliste de politique internationale. Donc vous voyagez beaucoup, vous connaissez un certain nombre de pays, de personnes. Aussi ce métier vous permet d’être avec tout le monde ce qui est d’ailleurs le rôle d’un journaliste. Et je peux vous rassurer que moi, ce métier m’a créé beaucoup de relations. Aussi, le journaliste a la facilité à se rendre à certains endroits, à avoir certaines informations que tout le monde n’a pas la possibilité d’avoir.

Qu’en est-il alors des difficultés de ce métier ?

Le journalisme est un métier vraiment contrayant. Contrayant en ce sens que vous êtes beaucoup exposé à toutes sortes de dangers, aux accidents, et même à la guerre parce que vous êtes partout, vous sortez beaucoup et vous êtes censé être sur le terrain pour n’importe quel événement. Lorsque vous faites des investigations ou des enquêtes  pour informer  par exemple, vous courez assez de risques car les personnes  concernées par l’affaire vont faire tout leur possible, tout ce qu’ils peuvent pour vous arrêter dans votre élan, pour que la vérité que vous vous apprêtez à révéler au monde n’éclate pas. Il y a des journalistes de par le monde qui parcourent des pays, sont pris en otage et subissent les conséquences de la guerre et des conflits. C’est un métier à risque.  Le métier de journaliste n’est pas fait pour être riche car vous rendez plus service aux autres mais vous ne vous enrichissez pas. Il y a aussi que dans la quête de l’information, le journaliste rencontre assez de difficultés car le journaliste est beaucoup craint. Quand ce dernier fait des investigations sur un sujet comme la corruption et autres, il a des difficultés à avoir des informations. L’information lui est limitée. Mais par rapport à cela je dirai tout de même que ça dépend de la manière d’aborder les gens pour leur soutirer des informations.

Quels ont été les moments les plus heureux de votre carrière ?

De retour au pays après mes études, j’ai eu la chance de vivre la conférence des forces vives de la Nation qui est un moment très important dans l’histoire de notre pays. J’ai pris part à cette conférence en tant que reporter à l’époque. J’ai eu la chance de vivre dans un pays communiste, comment la presse fonctionnait chez nous et comment les choses se passaient en occident. Je suis heureux de vivre lorsque j’étais en Belgique, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, la libération de Mandela quand j’étais en stage à la Radio télévision Belge. En tant que journaliste, J’ai vécu également le génocide au Rwanda lorsque j’étais en Belgique. Voilà autant de faits que peut vivre un journaliste pour être heureux. J’ai connu des moments heureux parce que je ne m’embarrassais pas à faire connaître aux gens ce qu’ils ne savent pas, je dis les choses telles qu’elles sont et je ne me tais pas sur ce qu’il faut dénoncer, c’est ça ma passion.

Qu’en est-il des moments malheureux ?

C’est vrai que j’ai connu des moments malheureux liés plus à notre presse. Notre presse est malheureuse dans la mesure où nous ne savons pas ce que c’est que la liberté de la presse, nous ne savons pas faire la démarcation entre la propagande et l’information. Comme moment malheureux, c’est de voir que la presse continue d’être collée aux gouvernants ce qui n’est pas une bonne chose.

Une anecdote ?

 Je me rappelle ce jour où je lisais un communiqué du Prd à la télévision en direct au Jt de 20h j’ai remarqué que derrière la caméra on me faisait un signe comme pour me dire d’arrêter la lecture. En direct je me suis arrêté pour leur dire de me laisser continuer ma lecture jusqu’à la fin. Comme anecdote encore, un jour j’étais en train de présenter le journal télévisé quand on me faisait signe pour me dire que je devais venir répondre à un appel de l’ex président de la République Nicéphore Soglo au téléphone. On me demandait de quitter le plateau pour venir répondre à l’appel du président. Je leur ai fait savoir que ce n’était pas possible, qu’un journaliste ne peut pas se lever de son plateau télé pour répondre à un président de la République. Il a fallu que je finisse ma présentation pour répondre à sa requête. Ce dernier a voulu m’en vouloir mais je lui ai fait comprendre que j’étais en direct et que je ne pouvais pas quitter le plateau pour répondre à un appel. Il a fini par me comprendre. Il en est de même pour le feu général Mathieu Kérékou qui au cours d’une émission que j’animais appelle au téléphone pour le dire qu’il fallait que je me rende avec mes invités au palais de la présidence. (Sourire)

Quel regard portez-vous sur la presse béninoise aujourd’hui ?

Je dirai qu’il reste encore à faire pour  ce qui est de la qualité de la formation. Aussi, nous avons assez formé des généralistes, et il va donc falloir que nous allions plus vers la spécialisation. Le journaliste béninois doit penser aujourd’hui à se spécialiser dans tel ou tel domaine de la vie. C’est pour cela que dans les orientations que nous donnons aux journalistes lorsque nous enseignons nous faisons   en sorte qu’ils choisissent une spécialité  dans leur recherche.

Quel message avez-vous à l’endroit de la jeunesse ?

 beaucoup de courage mais ne suivez pas les pas de nous les aînés qui avons mal fait. Faites en sorte de tisser votre nouvelle à notre ancienne bonne corde parce qu’il y a des anciennes mauvaises cordes. Je vous exhorte donc à vous battre pour défendre votre liberté.

Votre mot de la fin

Je ne peux que vous souhaitez du courage pour tout le travail que vous faites et que vive la liberté de la presse.

Propos recueillis et transcrits par Samiratou ZAKARI

Article Categories:
A la une · Expérience d'une vie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Daabaaru