27 ANS APRES SA RETRAITE : Emmanuel Ouorou Yaca revient sur sa carrière de parachutiste . « Il faut que l’armée béninoise se batte à retrouver sa lettre de noblesse», dixit le sous officier à la retraite

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27 ANS APRES SA RETRAITE

Emmanuel Ouorou Yaca revient sur sa carrière de parachutiste

. « Il faut que l’armée béninoise se batte à retrouver sa lettre de noblesse», dixit le sous officier à la retraite

Servir dans l’armée de sa nation est un privilège. Ainsi, après trente années de service dans la grande muette, on y ressort toujours avec des souvenirs. Alors pour ce numéro de votre rubrique ‘’Une vie un métier’’, Emmanuel Ali Ouorou Yaca revient sur ses souvenirs de soldats ayant servir dans l’armée béninoise. Soumission, courage, respect, abnégation sont les qualificatifs qui traduisent ses 30 années de carrière dans les forces armées dahoméennes à l’époque. A travers cette interview, le sous-officier de l’armée Emmanuel Ali Ouorou Yaca parle des hauts et des bas de son parcours. Lisez plutôt.

Daabaaru : Pourquoi avez-vous choisi faire carrière dans l’armée ?

Ali Ouorou Emmanuel : En notre temps, l’Etat envoyait des convocations dans les villages et quartiers de villes pour que ceux qui avaient l’âge et la carrure pour faire l’armée s’inscrivent en vue de leur éventuelle insertion dans l’armée dahoméenne. C’est alors que cette convocation nous est parvenue dans notre village, et moi comme j’avais abandonné les bancs et je ne m’occupais que du champ, je me suis inscrit sur la liste vu que mon âge aussi évoluait.

Comment étaient vos débuts dans la grande muette ?

Après m’être inscrit sur la liste envoyée par l’Etat j’ai été recruté à l’issue d’un contrôle médical en mars 1963. Après le recrutement on a été envoyé à Cotonou où on a été soumis à un test physique avant de commencer une première phase de formation qui a duré 18 mois. On était environ 250 et j’avoue que la formation militaire, ce n’est pas du tout facile encore à notre époque là. On a appris la marche du militaire, le maniement de l’arme et bien d’autres choses encore. On devait se réveiller chaque 4h pour balayer proprement avec les doigts notre centre qui est le camp Guézo. Apres cela, on apprenait la marche du soldat à coup de fouet. Ce n’était pas du tout facile vraiment. Apres ces 18 mois, on est reparti rejoindre nos familles pour un congé de 15 jours et c’est seulement les plus assidus qui ont eu le certificat de bonne conduite qui ont été rappelés et heureusement je faisais partie de ceux-là. Il faut dire qu’après notre prise de fonction, l’Etat était dans le besoin de personnes pour servir dans l’armée de l’air, c’est ainsi j’ai choisi cette branche de l’armée et après des examens je suis devenu commando de l’armée de l’air.

Parlez-nous des avantages de votre métier

Bon comme avantage, il y a d’abord la reconnaissance du peuple car nous à l’époque on ne visait pas forcément l’argent dans ce métier, on le faisait par patriotisme et on nous reconnaissait cela. Comme avantage, à part le salaire et les quelques primes qu’on gagnait surtout quand on avait la chance de monter en grade il n’y a rien en tant que tel puisque nous, on n’avait pas eu la chance de participer à des missions externes.

Qu’en est-il des difficultés ?

Comme difficulté, tout d’abord il faut dire que le métier de militaire n’est pas du tout facile et quand on n’est pas patient, on n’arrive pas à évoluer dedans avec tous les sacrifices qu’on est appelé à faire. Quand tu ne connais personne, c’est difficile pour toi d’évoluer et même pour avoir un simple stage c’est compliqué. Aussi à notre époque, la discrimination était vraiment d’actualité et surtout nous les nordistes on a trop subi cette discrimination là avec nos chefs. Et malheureusement encore moi dans ma promotion, j’étais le seul du groupe ethnique Yom, cela ne m’a pas trop favorisé.

Quels ont été les moments les plus heureux de votre carrière ?

Le fait déjà d’avoir faire l’armée, d’avoir été le seul parmi tant d’autres à représenter ma race Yom était pour moi une fierté. Aussi suis-je fier pour le service que j’ai rendu à mon pays et pour le niveau où j’ai atteint avant ma retraite en 1992 et si ce n’est pas que j’ai été à quelques endroits taquiné j’ai vraiment servi l’armée avec toute la dévotion qu’il faut. Il faut aussi dire que c’est pour moi aujourd’hui une fierté de voir l’un de mes enfants me remplacer dans l’armée et de pouvoir atteindre le niveau ou je ne suis pas arrivé. Ce dernier voulait être électronicien d’avion et a eu la chance d’être recruté par les blancs après des tests pour lesquels il est toujours sorti 1er dans tout le Nord. Mais bon après le test il a été obligé de signer d’abord un contrat de 10 ans dans l’armée et il a choisi la branche de commando de l’armée de l’air où il est aujourd’hui capitaine.

Qu’en est-il des moments malheureux ?

J’ai eu des problèmes quand j’étais au camp de Wassa. On était à Ouidah à l’époque et c’est de là on a été envoyé à Dan mais comme il y avait problème d’eau à ce niveau on était obligé de rejoindre le camp de Wassa. On était là quand il y a eu une rébellion à l’intérieur du camp et ce qui ne devait pas se passer s’est passé. Il fallait donc après tous ces évènements mettre quelqu’un en place pour commander et c’est ainsi j’ai été choisi pour commander vu que j’étais le plus gradé. J’ai été nommé adjudant chef de bataillon du corps commando parachutiste dahoméen et c’est pendant cette fonction que j’ai eu de problème. Les gens se sont révoltés comme quoi cette responsabilité ne peut pas revenir à quelqu’un du nord. Et ce que je vous dis là, j’ai eu de sérieux problèmes spirituels. Je ne faisais que des accidents à chaque fois que je sortais et pas les moindres, des accidents mortels. J’étais obligé de démissionner, changer de corps et je suis donc allé voir le chef d’état major pour demander une affectation pour Parakou. Je n’ai même pas attendu une suite de ce dernier quand j’ai embarqué toute ma famille pour Parakou, car c’était trop pour moi et j’étais fatigué. C’est ainsi j’ai terminé mes 5 ans restants à Parakou. Il faut dire qu’une note de service est sortie par la suite et m’envoyait à Kandi mais il s’est fait que celui qui commandait là-bas était l’un de mes chefs quand j’ai intégré l’armée et je faisais mes 18 mois de formation. C’est ce dernier qui a à son tour sorti une note pour me renvoyer à Parakou quand je lui ai expliqué ma situation.

Un message à l’endroit de la jeunesse

Aujourd’hui le recrutement dans l’armée ne se fait plus comme en notre temps. Les gens ne tiennent plus compte des critères qu’il faut pour intégrer ce corps. Pour cela je vais exhorter les jeunes à l’amour de leur travail et surtout la discipline. Quand on choisit un métier on doit l’exercer avec tout l’amour. On constate qu’aujourd’hui c’est les hommes de l’armée qui séjournent à la prison parce qu’ils sont impliqués dans de sales affaires ce qui ne fait pas honneur à ce corps. Il faut que l’armée béninoise se batte à retrouver sa lettre de noblesse d’hier. Ils ne doivent pas s’impliquer dans la politique comme on le remarque aujourd’hui.

Votre mot de la fin

Je vous remercie pour cette occasion que vous m’accordez pour m’exprimer. Vive l’armée béninoise et je vous remercie.

Propos recueillis et transcrits par Samiratou ZAKARI

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Daabaaru