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Co-production pour promouvoir la paix: des journalistes du Bénin, du Niger et du Nigéria outillés

Co-production pour promouvoir la paix: des journalistes du Bénin, du Niger et du Nigéria outillés

Les acteurs des radios frontalières du Bénin, du Niger et du Nigéria étaient du 13 au 15 novembre 2025, en atelier de formation sur l'accès des populations à une information saine et de qualité. Les travaux de l'atelier se sont déroulés à Parakou avec l'appui de la Coopération Suisse et mobilisé journalistes, animateurs, techniciens et créateurs de contenus des trois pays.

Wilfried AGNINNIN

Les radios communautaires des espaces frontaliers jouent un rôle prépondérant et stratégique dans la consolidation de la paix, la cohésion sociale et la prévention des crises. Et pour qu'elles continuent de jouer pleinement ce rôle, les capacités de leurs acteurs doivent être renforcées. D'où le bien-fondé de cet atelier régional de Parakou, qui s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du programme Gouvernance régionale de la Coopération suisse. Journalisme sensible aux conflits, traitement de l'information en période de crise, co-production médiatique, fact-checking et lutte contre la désinformation, régulation des médias, sont autant de questions qui ont été abordées durant ces trois jours de travaux. 

A l’ouverture de l’atelier, Dr Moudachirou Soulé, Chef de mission renforcement et équipements des radios, a rappelé dans son intervention que cette aventure a démarré en 2023, avec un atelier de restitution des études faites pour cartographier les risques et toute la problématique des enjeux d'accès à l'information des populations de tous les espaces frontaliers entre le Bénin, le Togo, le Burkina Faso, le Niger et le Nigéria. Il s'est réjoui de voir l'engagement et l'intérêt des radios communautaires et des autorités autour de cette initiative.

Florian Brandli, Chef du domaine Gouvernance et Éducation de la Coopération Suisse au Bénin, a souligné que la désinformation peut générer des conflits entre les communautés. Une situation qui justifie la réalisation en 2014, d’une étude sur l'état des lieux de l'accès à l'information pour les populations frontalières du Bénin, du Burkina Faso, du Niger, du Nigéria et du Togo. Les résultats de cette étude ont révélé que si les populations ne sont pas bien informées, la désinformation peut conduire à la xénophobie, à la division et générer et entretenir durablement des conflits », a-t-il rappelé. Il a, par ailleurs, relevé trois principaux constats de cette étude qui s'articulent autour de l'insécurité, de la formation des journalistes et des dispositions juridiques. « Premièrement, le facteur insécurité fait partie du vécu quotidien des populations frontalières et le sentiment d'intervenir dans un environnement à risque est désormais dans l'esprit du personnel des radios. Deuxièmement, la question récurrente des formations et des équipements. Et troisièmement, enfin, au plan des politiques publiques, il est à noter que malgré l'abondance de lois et règlements, tant au niveau national que sous-régional, très peu de dispositions juridiques tiennent compte de la particularité des radios frontalières », a-t-il souligné. À l'en croire, la Coopération Suisse, à travers ses programmes de développement, contribue depuis plus de 25 ans à la naissance et à l'enracinement de radios de proximité en Afrique de l'Ouest.

Le représentant de l'Observatoire National de la Communication (Onc) du Niger, Ousmane Garba, a tenu à exprimer sa gratitude à l'endroit de la Coopération Suisse. Il a, par la suite, invité les professionnels des médias à produire des contenus de qualité pour la stabilité, la paix, le développement et pour une bonne intégration sous-régionale au sein des communautés. Le représentant du Président de la Fédération des Radios Communautaires et Assimilées du Bénin (Fercab), Dr Louis Togo, a salué le rôle important que jouent les radios communautaires pour le vivre-ensemble et la cohésion sociale. Dr Louis Togo a fait savoir que cet atelier vient à point nommé pour faire davantage des médias des acteurs de paix. Il n'a pas manqué d'exprimer la disponibilité de la Fercab pour renforcer le professionnalisme des journalistes des radios, surtout dans les zones frontalières.

Dans son intervention, le Représentant du Préfet du Borgou, Zakarie Adam, a fait remarquer que la désinformation a des répercussions considérables sur l'exercice et la réalisation de l'ensemble des droits humains et des libertés fondamentales, et porte atteinte à l'intégrité de l'information et perturbe la capacité des individus à prendre des décisions éclairées. « Elle peut notamment conduire à la polarisation de l'opinion publique, promouvoir l'extrémisme violent et les discours de haine, saper la confiance dans les sources d'information dans un monde dominé par la connectivité numérique », a-t-il ajouté. Zakarie Adam a invité, pour finir, les participants à accorder une attention particulière aux travaux de cet atelier.

En procédant au lancement officiel de l'atelier, le conseiller Armand Hounsou, représentant le Président de la Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication (Haac), a mentionné que cet atelier de renforcement de capacités permettra aux médias de devenir des acteurs clés de la résilience locale. Il a reconnu que les radios de l'espace frontalier sont confrontées à de véritables problèmes d'insécurité. « C'est pourquoi la Haac accorde une attention particulière à l'encadrement de ces radios, à leur professionnalisation et à leur accompagnement », a-t-il fait savoir avant de réaffirmer la détermination de la Haac à œuvrer pour un environnement médiatique professionnel, éthique et résilient. Le conseiller Armand Hounsou a, pour finir, remercié les organisateurs de l'atelier ainsi que la Coopération Suisse pour son appui.

La cérémonie a pris par la remise symbolique des équipements modernes de vidéosurveillance à une dizaine de radios sur 42 qui constituent la deuxième vague des stations de radios bénéficiaires. 

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