UNE VIE UN METIER : Pierre Thierry Houédégnon retrace son parcours dans l’enseignement primaire

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 UNE VIE UN METIER

Pierre Thierry Houédégnon retrace son parcours dans l’enseignement primaire

L’honneur, le courage, la rigueur, l’abnégation. Tels sont les mots pour qualifier les 30 années de service rendu par Pierre Thierry Houédégnon dans l’enseignement en tant qu’instituteur et par la suite inspecteur de l’enseignement du 1er degré. Inspecteur, il a su non seulement jouer pleinement son rôle de suivi et de contrôle des activités des équipes administratives et du personnel enseignant mais également de coordinateur entre les établissements de son secteur d’intervention. Pour en savoir plus sur la carrière professionnelle de cet homme, les hauts et les bas de son métier, votre quotidien s’est rapproché de lui. Pierre Thierry Houédégnon nous livre ici les moments forts qui ont marqué sa vie professionnelle. Lisez plutôt

Daabaaru : Quelles sont les raisons qui vous ont motivé à faire carrière dans l’enseignement ?

Pierre Thierry Houédégnon : Il faut dire que je suis allé dans l’enseignement par contrainte surtout économique puisque je n’avais pas du tout de vocation pour ce métier. Étant jeune, j’ai toujours eu une sorte d’attirance soit pour le journalisme, soit la magistrature ou encore pour la médecine mais par faute de soutien je suis allé à l’enseignement pour pouvoir aux besoins de mes frères. Avec le temps j’ai pris goût à ce métier que j’ai exercé avec honneur sans pour autant avoir la vocation. C’est surtout la conscience professionnelle qui m’a permis d’exercer ce métier avec amour et engagement.

Comment êtes-vous devenu donc inspecteur de l’enseignement du premier degré ?

Il faut dire que je n’ai pas commencé ma carrière en tant qu’inspecteur mais plutôt en tant qu’instituteur adjoint. Après ma formation en 1971 à l’école normale de Porto-Novo pour l’obtention de mon Certificat Élémentaire de Formation Pédagogique (Cefp), j’ai été envoyé à l’école primaire publique mixte à l’époque d’Igbo Abikou dans la région de Sakété où j’ai passé le Certificat Élémentaire d’Aptitude Pédagogique (Ceap) et par la suite le Certificat D’aptitude Pédagogique (Cap ) que j’ai passé des années après que je sois mis au bureau. Donc après Igbo Abikou, j’ai été envoyé au cours de l’année 1971 à l’école primaire de Sakété centre, par la suite à l’école primaire de Ouando, et à Adjarra pour la création de l’école primaire d’Adovié. Après ce parcours j’ai été envoyé en 1980 à la direction technique de la production scolaire à Porto Novo. Il faut dire que j’ai été affecté dans les différentes directions techniques des trois ordres de l’enseignement ou j’ai passé au total 13 ans. C’est finalement en 1993 j’ai eu à passer le concours des inspecteurs pour devenir inspecteur de l’enseignement du premier degré après la formation qui a durée un an.

Quels sont les avantages liés à votre métier ?

Je puis vous dire qu’il n’y a pas davantage matériel lié à mon métier. Le salaire on le percevait comme tout fonctionnaire de l’État et aussi les attributs du métier. Par contre, les avantages étaient plus d’ordre moral et professionnel. En tant qu’inspecteur on avait la change d’assumer des postes de responsabilité, la responsabilité de faiseur d’homme, de créateur d’homme, la responsabilité de formateur du citoyen qui par la suite sera utile à la société. C’est une fierté de voir les enfants qu’on a eu à former devenir des cadres du pays. Avantage professionnel, on est content d’assumer des charges professionnelles qui nous confère la possibilité de former d’autres hommes, des instituteurs, des conseillers pédagogiques.

Qu’en n’est-il alors des difficultés ?

On risque de dire qu’il n’y a que ça dans ce métier. Des difficultés il y en a du point de vue de la profession elle même, de la méthodologie à utiliser pour atteindre des objectifs précis dans la profession. Il y a aussi la difficulté liée à la gestion des hommes surtout des enseignants. Ce n’est pas facile d’opérer des changements ou d’apporter des innovations quand on est avec des enseignants surtout quand ceux-ci sont habitués à leurs anciennes mauvaises méthodes.

Comme exemple, quand j’ai été affecté en 1994 à Malanville j’ai constaté qu’au niveau des écoles semi rurales ou parfois même urbaine il y avait des instituteurs adjoints titulaires du Ceap qui étaient directeur tandis que dans les écoles du centre ville il y avait des jeunes plus gradés donc ayant le Cap qui étaient instituteurs adjoints. J’ai cherché à savoir pourquoi c’était comme ça mais on m’a fait comprendre que les jeunes Capés n’auraient pas aimé aller à la périphérie donc on voulu être en ville. En tant qu’inspecteur de la région j’ai donc informé tous les acteurs de l’enseignement qu’il aura un bouleversement mais croyez moi, j’ai été mal vu à cause de cette réforme. Ils ont tout fait et m’ont traité de tous les noms mais je suis resté ferme sur ma décision. C’est pour vous montrez à quel point ce n’était pas toujours facile sur le terrain. Il y a assez de situation pour lesquelles je me suis fait des inimitiés juste parce que j’ai voulu changer les choses.

Quels ont été les moments heureux de votre carrière ?

Moment heureux c’est d’abord que j’ai eu la bonne santé pour exercer ce métier. Moment heureux encore c’est quand je pose des actes qui entrainent l’admiration de mes enseignants, quand l’administration me félicite pour certains actes que je pose, quand je me suis vu confier des responsabilités en tant que formateur, concepteur de programme. Des moments de joie encore, c’est quand j’ai eu droit à la retraite en 2001. Après ma retraite, je suis sollicité souvent par le ministère en tant que consultant autonome dans le domaine de l’éducation. Jusqu’à un passé récent j’ai été convié à travailler avec plusieurs Ong et tout ça c’est à cause de mon parcours qui a dû leur plaire. J’ai aussi travaillé par exemple dans le projet Clerf qui a accompagné les réformes de l’éducation, le projet Eblinq, le projet Aquip et j’ai également eu à évaluer des projets d’encadrement des enseignants et bien d’autres tâches encore. Tout ça constitue pour moi des moments de grande joie.

Parlez-nous des moments qui vous ont marqué négativement au cours de votre carrière ?

Des moments malheureux liés à ma carrière je n’en ai pas connu vraiment. Peut être des cas d’accidents que j’ai connus dans l’exercice de ma profession et qui pouvaient être interprétés comme moments malheureux. Si non je dirai qu’aujourd’hui, je traîne un handicap visuel que je peux considérer comme un regret car à cause de ce handicap j’ai dû stopper un certains nombres d’activités que menais encore étant à la retraite. Aussi des opportunités se sont présentées à moi que malheureusement je n’ai pas pu saisir à cause du Glaucome qui m’a pris ma vue. Mais comme je suis croyant, je remercie toujours Dieu de n’avoir eu que ça dans la mesure où ça me permet de m’exprimer, de jouir de ma mobilité de donner des conseils quand il le faut sur le plan professionnel et de former quand on a toujours besoin de moi car il y a d’autres qui vivent des situations plus pires que ça. Juste un petit regret car il y a des choses que j’aurais aimé faire mais que je n’en ai plus la possibilité. Moment négatif encore c’est cette injustice que je vis actuellement. Injustice, parce qu’en tant qu’inspecteur du premier degré à la retraite je continue d’être considéré comme cadre A3 au moment où les directeurs d’écoles qui n’ont pas mon niveau sont reversés en cadre A2. Quand je vais au trésor pour percevoir ma pension, les gens sont étonnés de savoir que je suis dans la catégorie A3 avec mon parcours là. Nous sommes en train de lutter pour que les choses changent et on espère qu’un jour notre lutte payera.

Quel regard portez-vous sur la qualité de l’enseignement aujourd’hui ?

Un regard plutôt mitigé dans la mesure où tout n’est pas négatif. Sur le plan de la qualification du personnel notamment les jeunes enseignants on note un problème sur le plan du niveau intellectuel. Il faut reconnaître aussi la politique qui gangrène tout, tout est imbibé de politique ce qui ne fait pas évoluer les choses. Prenons le cas du contexte actuel où les établissements souffrent de manque d’enseignants alors qu’il y en a assez de normaliens qui trainent dans les rues et il suffit seulement de les mettre un peu à niveau et de les recruter sans même passé par une quelconque histoire d’évaluation comme on le constate aujourd’hui. Pour moi on évalue un enseignant juste en situation de classe donc sur le plan de la pédagogie. Sur le plan de la maîtrise du contenu de formation il y a également problème. Cependant il y a des gens qui se débrouillent pour pouvoir bien faire le job.

Quel message avez-vous donc à l’endroit de la jeunesse d’aujourd’hui ?

J’aurais bien aimé leur dire de s’engager dans l’enseignement et qu’en dépit du peu d’importance des biens matériels l’enseignement n’est pas une mauvaise direction mais je ne peux pas le dire tout simplement parce qu’on les décourage. Il y a des jeunes qui ont fait des écoles normales à qui on a fait reprendre l’année, la pratique en première année et encore la pratique une deuxième fois et pour terminer on dit qu’ils ont échoué, qu’ils n’ont pas le niveau. Nombre d’entre eux sont obligés aujourd’hui de retourner et apprendre un métier laissant derrière eux trois ans investissements financiers et temporels dans ces écoles normales. Donc croyez moi, le découragement est total aujourd’hui dans le rang de la jeunesse. Par contre, je leur dirai de ne pas perdre courage de continuer la lutte en évitant d’aller dans la mauvaise direction, en évitant d’accepter des propositions malhonnêtes. Il faut qu’ils travaillent dur et chercher davantage la connaissance dans leur domaine. Un moment viendra certainement où ils auront besoins d’eux. Ne jamais se décourager doit être leur crédo.

Votre mot de la fin

Comme mot de la fin, je tiens à vous remercier pour cette occasion que vous m’accorder de m’exprimer à travers vos canaux. Pour finir je dirai que la vie est une lutte quotidienne que tous ceux qui travaillent pour le développement de la nation doivent mener au jour le jour. Et quel que soit le métier que l’on embrasse, il faut en développer la conscience professionnelle et surtout respecter l’éthique professionnelle afin que l’espoir qui a été mis en nous puisse fleurir pour développer le genre humain.

Propos recueillis et transcrits par Samira ZAKARI

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Daabaaru