AU SUJET DE « REGARD SUR LES PEUPLES AUTOCHTONES DE L’ATACORA DES ORIGINES A NOS JOURS » DU REVEREND PERE LUCIEN CHAMBENY : Retour sur un ouvrage à polémique

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AU SUJET DE « REGARD SUR LES PEUPLES AUTOCHTONES DE L’ATACORA DES ORIGINES A NOS JOURS » DU REVEREND PERE LUCIEN CHAMBENY

Retour sur un ouvrage à polémique

Emile KONASSANDE

Le premier Prêtre de l’Atacora, Père Lucien Chambeny, aurait publié dans les années 2000, au soir de sa vie, un fascicule intitulé : « Regard sur les Peuples Autochtones de l’Atacora, des origines à nos jours ». Il est décédé le 30 juillet 2008. Compte tenu de la personnalité de l’homme, avisé et précautionneux, d’aucuns se posent aujourd’hui encore la question de savoir comment le Père en est arrivé à produire et à publier un tel document, quelque peu surprenant par son contenu qui pourrait être qualifié de tendancieux. Quelques années plus tard, précisément en novembre 2011, des extraits de son œuvre, ont été diffusés sur le net, par l’intermédiaire du site diocésain de l’Atacora. C’est par hasard, pourrait-on dire, que ces extraits ont été découverts au début de l’année 2015, par un internaute qui, d’aventure, consultait ce site.

Soulignons d’entrée de jeu, que lors de sa première publication, le fascicule avait déjà provoqué un profond mécontentement dans le milieu Waao. Et nous constatons aujourd’hui que la situation qui avait prévalu en ce temps-là, est à nouveau de mise aujourd’hui dans le même milieu, suite donc à la découverte sur internet des extraits du même ouvrage.
Nous voudrions en ce qui nous concerne, par le présent écrit, proposer un complément ou quelques précisions, aussi modestes soient-il, à certaines informations mises à la disposition du public par le Père, avec la publication de son fascicule. Pour ce faire, nous procédons de la manière suivante:

-Dans une première étape, nous nous essayons  en une description de ce qui nous semble avoir été les principaux traits de caractère de l’illustre disparu, Le Révérend Père Lucien CHAMBENY.

-Cette étape franchie, nous tentons d’élucider le sens de certains mots et expressions qui, issus des langues Waama et Ditamari, sont rencontrés soit dans l’ouvrage du Père, soit dans le présent exposé, ou qui habituellement sont très usités dans l’une ou l’autre de ces langues.

-La structuration de l’ethnie waao, en tribus et clans ainsi que la répartition géographique respective et approximative de ces subdivisions sont également proposées pour illustrer la complexité de cette ethnie.

-Après quoi, nous proposons au lecteur quelques réflexions et diverses informations, eu égard à des idées développées dans certains passages de l’ouvrage, lesquels passages ont particulièrement retenu notre attention et que nous avons répertoriés pour en faire un commentaire contributif ou contradictoire selon la convergence ou la divergence des points de vue constatées.

I- Carrure présumée du Père L. CHAMBENY.

1.1 Un homme clairvoyant et audacieux

Pour avoir connu et fréquenté un tant soit peu le Père Lucien CHAMBENY, auteur présumé du fascicule « Regard sur les Peuples Autochtones de l’Atacora, des origines à nos jours. », nous nous permettons, nous faisant même un devoir presque sacré, de placer ici quelques mots de présentation du défunt prélat. Nous voudrions, par cette présentation, essayer de faire connaître davantage, si cela se trouve, cet homme qui compte parmi les premiers instruits à la moderne des fils et filles du département de l’Atacora au moment où le Dahomey ne comptait que six (06) départements ! Quiconque, connaît l’ensemble environnemental qu’est aujourd’hui ce qui constituait le département de l’Atacora, quelques années avant et après l’accession de la République du Bénin (ex Dahomey) à la Souveraineté Nationale, sera d’avis avec nous, surtout après avoir lu le fascicule supposé du Révérend Père CHAMBENY, que la vigilance, la clairvoyance, le courage et l’audace sont des attributs qui ne pourraient pas être déniés à ce valeureux défenseur des valeurs humaines, eu égard aux témoignages qu’il a fait dans son ouvrage.

Ces attributs lui auront certainement conféré le privilège et le mérite de produire un ouvrage qui, à défaut d’être un point de départ, servira sans doute de référence pour des investigations ultérieures, dans un domaine précis, celui des recherches ethnographiques. En cela, nous pensons que l’intéressé pourrait être compté, un jour, parmi les premiers acteurs dans ce domaine, beaucoup plus, pour s’y être fortuitement retrouvé que pour s’y être préparé et engagé en conséquence, par prévoyance. En effet, le Père n’ayant pas été un historien de formation ni un ethnographe reconnu n’aurait pas lancé, sans raison apparente, un débat plus ou moins discriminatoire, voire diffamatoire sur les origines d’aucun des peuples autochtones de l’Atacora. Au demeurant, ce qui est ainsi dit du Révérend Père Chambény pourrait aussi l’être de tous ceux qui, prenant actuellement part au débat, y auront apporté leur part de vérité sans même jamais avoir pensé ni même rêvé auparavant de mener un jour une action allant dans ce sens.

Merci au Père Chambény, non seulement pour son initiative qui éveille les consciences des uns et des autres sur la nécessité de rechercher leurs origines respectives mais aussi pour l’opportunité que cette initiative donne, à tous ceux qui le désireront, d’intervenir dans le débat ainsi fortuitement ou intentionnellement ouvert désormais.

1-2 L’influence d’une politique nationale de mise en valeur des langues locales sur son ouvrage.

Au début des années 2000, il y avait nécessité pour les différentes ethnies de la République du Bénin de se faire valoir, chacune en ce qui la concerne, comme groupe linguistique bien organisé, une entité spécifique capable de revendiquer et de s’assurer, au plan national, une renommée distinguée, sur un terrain aussi âprement discuté, par les uns et les autres, que celui de la conservation du Patrimoine Culturel. A l’issue des tractations, les ethnies qui justifieraient de certains critères requis, seraient habilitées à jouir de privilèges bien déterminés: leurs langues maternelles seraient retenues comme langues officielles et enseignées en conséquence dans le système éducatif national; elles seraient présentées tant à la Radio qu’à la Télévision béninoises dans le cadre des émissions dépassant le cadre topique. Le visionnaire et vigilant Père CHAMBENY a dû entrevoir les circonstances qui pourraient assurer les avantages à son groupe ethnique d’appartenance. Il est à présumer qu’il n’a pas démérité à utiliser de la sorte sa bonne position de personne ressource, vu les enjeux du moment, pourvu que tout ce qu’on lui attribut soit réellement de son œuvre et qu’il ait tout accompli en toute lucidité et toute conscience!

1.3 Un résultat final nuancé.

Beaucoup de courage était nécessaire pour entreprendre un travail tel que celui supposé avoir été réalisé par Feu Abbé Lucien CHAMBENY ; il a su, s’il est vrai qu’il en est vraiment l’auteur, s’en donner, il faut lui en savoir gré ! Des informations qu’il a fournies, très peu semblent avoir été disponibles dans la littérature. La majeure partie de celles-ci aurait été tirée de récits et contes populaires ; le reste aurait été généré par des enquêtes menées par l’auteur lui-même, principalement auprès de personnes pouvant lui donner satisfaction. C’est dire que la patience a dû être au rendez-vous pour permettre à l’intéressé de surmonter les contraintes considérables qui sont habituellement inhérentes aux activités de recherche. De tous ces faits, on peut aussi déduire que les résultats obtenus sont le fruit de la persévérance et de l’endurance d’un homme qui, on ne saurait s’en douter, avait horreur de l’échec, plus particulièrement devant un défi à relever.

1.4 Des doutes quant à la totale paternité des propos transcrits dans l’ouvrage et à la légitimité du choix opéré par le Père pour son appartenance ethnique.

Parlant toujours de courage, un aspect de celui attribué au Révérend Père CHAMBENY a consisté dans le choix que celui-ci aurait eu à opérer s’agissant de son appartenance à l’ethnie des Bètammaribè. Là-dessus, des doutes existent à notre niveau que ce choix ait pu réellement être fait par le Père lui-même et en toute connaissance des faits auxquels il avait affaire. En effet, le Père CHAMBENY appartenait au clan des Koukouba et à la tribu des Daataba ; sur la base de certaines pratiques sociales de ce clan, notamment la circoncision des adultes, les individus lui appartenant se reconnaissent généralement comme des waaba et le clan est considéré par les Waaba comme un clan des leurs.

Le Révérend Père Lucien CHAMBENY, évoquant l’identité du « détenteur principal du couteau de la circoncision » a eu à rapporter dans son ouvrage, que «Les uns disent que le couteau de la circoncision a été donné à la famille des Bèkoubè par un Génie… ». Il s’agit là d’un témoignage qui nous renseigne que les Bèkoubè sont mêlés à la pratique de la circoncision. Or, ceux que les Bètammaribè appellent Bèkoubè, constituent pour les waaba le clan des Koukouba,  clan auquel appartient le Père Chambény ; ledit clan est inclus dans la tribu des Daataba, une des tribus de l’ethnie des waaba, comme déjà stipulé au paragraphe précédent.

Tenant compte de ces faits et sachant, non seulement que les Bèkoubè détiennent le couteau de la circoncision mais encore qu’ils pratiquent la circoncision, nous pensons être bien fondés pour dire que le Père CHAMBENY n’appartient pas à l’ethnie des Bètammaribè mais plutôt à celle des Daataba donc apparentés Waaba. Il est vrai que les Bèkoubè (les Koukouba) comme clan et Daataba comme tribu, pratiquent seulement la circoncision et pas l’excision, mais il en est de même pour bon nombre d’autres clans Waaba : en effet, chez les Waaba, c’est tantôt la circoncision ou l’excision et tantôt ce sont les deux qui sont pratiquées, selon les coutumes de chaque clan. Les Bètammaribè quant à eux, répétons-le, ne pratiquent ni l’un ni l’autre de ces deux actes, dans aucun de leurs clans.

Il est étonnant que malgré tout, les écrits du père établissent clairement que lui-même a fait le choix d’appartenir à l’ethnie des Bètammaribè plutôt qu’à celle des Waaba. En effet, si l’intéressé se mettait du côté des Waaba, il ne pourrait se déclarer lui-même inexistant, orgueilleux et un sujet se trouvant sous l’emprise d’un complexe de supériorité, à moins qu’il se mît dans une logique d’autocritique. Cela, en tout cas, a fait naître en nous le sentiment qu’ « il y a anguille sous roche.» A notre entendement, une personne experte mais probablement mal intentionnée aurait nous semble-t-il, délibérément et furtivement, introduit des passages subversifs dans des écrits du Révérend Père Lucien CHAMBENY, écrits auxquels la personne aurait eu accès.

En effet, il pourrait être pris en considération le fait que, dans un contexte de recherche franche des voies et moyens pour parvenir à une bonne conservation du patrimoine culturel au niveau des peuples autochtones de l’Atacora, le Père ait voulu consigner dans quelque document, des témoignages qui constitueraient pour lui sa contribution à l’atteinte de l’objectif. Toutefois, au moment de la publication de son fascicule, le Révérend Père qui croulait déjà sous le poids de l’âge était aussi devenu impotent visuel par surcroît. Cela veut dire qu’il n’était plus en condition de vérifier par lui-même l’authenticité de tout ce qu’il aurait projeté dans ce sens ; cela suppose aussi qu’il eût recours à quelqu’un d’autre pour faciliter l’atteinte de ses objectifs. Les conditions d’existence dans lesquelles le Père s’est ainsi retrouvé au soir de sa vie ont peut-être pu concourir à donner la bonne occasion à une (ou à des personnes) qui, pour des raisons à elles et connues d’elle(s)- seule(s), la chercherait (aient) pour créer la confusion dans les relations de bon voisinage qui existaient depuis des temps immémoriaux entre les Waaba et les Bètammaribè.
Pour nous, les causes qui tendent à justifier la présence, dans les écrits du Révérend Père, de ce que nous avons qualifié de passages subversifs, semblent s’apparenter à celles qui justifieraient le choix de l’intéressé quant à son appartenance à l’ethnie des Bètammaribè plutôt qu’à celle des Waaba. A observer de près la situation, elle ne paraît pas tout à fait débarrassée de tout sentiment de convoitise des Bètammaribè vis-à-vis de leurs voisins les Waaba en raison des spécificités culturelles de chacun des deux groupes ethniques au moment précis où le débat dont nous donnons échos ici a été lancé.
Toujours est-il que nous sommes dubitatifs quant à la décision du père d’avoir opéré le choix qui semble être le sien car, les conditions dans lesquelles ce choix a dû se faire ne nous apparaissent pas tout à fait transparentes, débarrassées de toute supercherie.

Quoi qu’il en soit, la valeur représentée par le courage du Père CHAMBENY, courage réellement reconnu à l’intéressé par tous, ou courage intentionnellement et adroitement emprunté par un acteur (ou des acteurs) tapi(s) dans l’ombre et cherchant à tromper la vigilance des uns ou des autres, n’est entamée en rien quant aux qualités, à savoir la clairvoyance, l’assurance en soi, la force persuasive et l’audace qu’elle englobe et exalte à la fois.
Dans ce sens, le Père CHAMBENY se présente à nos yeux comme un exemple à suivre. Il est certain l’exemple ne peut pas être suivi en toutes les composantes de la carrure de l’homme, car nul individu ne peut être la parfaite réplique d’un autre, mais il est à espérer que la détermination et la ténacité de l’homme qui nous intéresse soient de vrais éléments de motivation pour la relève au sein des générations montantes. Aussi sommes-nous convaincus que tous ceux qui voudraient s’investir dans la confirmation de leur propre identité culturelle, dans le concert des Peuples Autochtones de l’Atacora, ont désormais à leur disposition une bonne source d’inspiration, à laquelle il leur est loisible d’aller puiser sans en redouter un éventuel épuisement.

A suivre…..
Emile KONASSANDE
Médecin Chirurgien dentiste à la retraite 
97598610

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A la une · Culture

Comments

  • Mr KONASSANDE vient de confirmer le contenu de cet ouvrage sans fondement historique du prêtre CHAMBENY. C’est déplorable pour quelqu’un qui se dit « prêtre, serviteur de Dieu des chrétiens » fait des affirmations de division des populations sur l’appartenance d’une terre à une ethnie. En Mr KONASSANDE le cite comme exemple. Pourtant ce n’est pas le premier ouvrage sur les origines des peuples autochtones de l’Atacora.
    J’invite Mr KONASSANDE et tous ceux qui sont intéressés à ce sujet à consulter les différents ouvrages des colonisateurs ( voir par exemple ATAKORA, peuples du nord-Bénin 1950 de Albert-Marie MAURICE publié par l’Académie des sciences d’outre mer), des thèses de doctorat et des mémoires de fin d’études des étudiants des diverses universités du Bénin.
    Je ne suis pas historien mais je pense que l’hydrologie avec les noms des cours d’eau, les noms des villes ou villages, noms des différends quartiers sont des preuves tangibles et indiscutables des peuples autochtones d’une ville, d »une région ou d’un pays.
    Ces affirmations sans fondement historique de quelqu’un qui se dit « prêtre » ont un caractère de division.

    TCHANDO Jean 19 décembre 2018 14 h 01 min Répondre
  • Je doute beaucoup de ma légitimité à faire partie prenante de cette confrontration d’idées des personnes assez plus avisées sur une question de souveraineté de deux peuples frères depuis la nuit des temps.
    La question n’est pas l’existence ou non des waabas dans l’environnement communautaire plus ou non imbriqué des bètamaribè. C’est une vraie superchérie créer et animée par des personnages bien obscures. L’ouvrage de PAPA Chambény, qui est un PRÊTRE de première référence et de très grande référence pour nous fils de l’Atacora et d’ailleurs du Bénin tout entier, fait certainement polémique! Mais c’est une simple exhortation à la cimentation des différentiations perverses qui caractérisent les rapports sociaux des deux entités. Étant à l’interface entre les deux entités ethniqes, il n’en a que trop perçu des tensions larvées et d’aileurs souvent bien très trop visibles, qui ont souvent agité leurs rapports de voisinage.
    Le message est carrément bien mal perçu. Et cela ne donne aucun droit à aucun personnage de cette scène bonnement emflammée par des querelles égarantes, de douter de la personnalité morale réligieuse et charistimitique de notre cher PERE Chambény, dont le modèle et l’idéal de vie reste des plus conservables.
    A l’heure où des langues se delient pour revèler l’unicité et le caractère indivise de la race humaine, il est très étourdissant d’en être encore à cette échelle microscopique, à des débats sectaires.
    Ceux qui s’investissement dans un tel acharnement à la parition, doivent se reconnaitre, dans ce camp ou dans l’autre, comme étant investis dans une mission destructrice dont les produits serviront à faire le lit de notre ennemi connu, le retard et la marginalisation qui vont grandissants. Notre seule échelle de valeur descendante bien dessinée dont s’est appremment attaquée le PERE Chambény dans son immense oeuvre caritative. Plus qu’un personnage, il fut et deumeure une institution!
    Prosper KASSA.

    Pk 25 décembre 2018 15 h 11 min Répondre

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