BENIN/RÉMUNÉRATION DU TRAVAIL DES FEMMES AU FOYER : Justice ou aberration ? . Regards croisés des citoyens, religieux, spécialiste et sociologue

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Rémunérer le travail des femmes au foyer, c’est un sujet qui tient le haut du pavé et anime les débats au Bénin depuis la sortie de la présidente de l’Institut National de la Femme (Inf) Huguette Bokpè Gnacadja. Depuis la nuit des temps, les tâches ménagères au sein du couple sont le plus souvent réservées à la femme qui veille au bien-être de chaque membre. Doit-elle percevoir un salaire pour le travail qu’elle accomplit dans le foyer ? Si pour certains comme la présidente de l’Inf, la rémunération du travail de la femme au foyer est une justice, cela sonne comme une aberration pour d’autres. Dans ce dossier, les avis des citoyens, religieux, sociologue et spécialiste sont partagés sur la question.
Samira ZAKARI

Au sein de la société, les tâches ménagères au foyer reviennent généralement à la femme. Pendant ce temps, l’homme est celui qui sort travailler pour la vie du foyer. Pour certaines, bien qu’ayant fait des études leur permettant d’avoir une vie professionnelle au même titre que l’homme, elles se retrouvent à mener une vie de femme au foyer volontairement ou parfois contre leur gré. Une situation qui constitue une injustice pour la présidente de l’Inf Huguette Bokpè Gnacadja. Pour elle, les femmes au foyer méritent une rémunération pour leur travail au sein du couple. Invitée sur une émission de l’Ortb à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale de la Femme (Jif), elle a fait savoir que «(…) c’est une justice que de rémunérer le travail des femmes au foyer». Justifiant son point de vue, la présidente de l’Inf explique que «les domestiques font à la place des femmes au foyer, le travail qu’elles auraient fait. Si on rémunère la domestique pour les travaux qu’elle fait, il n’y a pas de raison qu’on ne rémunère pas une femme qui est au foyer».

Rémunération des femmes au foyer, justice ou aberration ?

L’intervention de la présidente de l’Inf continue de faire moult remous. Soutenant le point de vue d’Huguette Bokpè Gnacadja, Azaria Bako institutrice pense que «il n’y a pas de travail plus pénible que les tâches ménagères. La femme à elle seule, s’occupe des enfants, de son époux, de la cuisine, de l’entretien de la maison. Certaines sacrifient leur carrière pour s’occuper de leur foyer et d’autres font les deux à la fois. Je crois vraiment que la femme au foyer mérite un salaire».

Contrairement à cet avis, Judith Chabi, septuagénaire et femme au foyer pense que cela est contraire aux valeurs africaines. «En Afrique, la femme est le noyau de la famille, elle a le rôle de veiller au bien-être de chacun et c’est son devoir de s’occuper des tâches ménagères. Lui payer un salaire pour ça, c’est comme si elle était un employé dans son propre couple et le mari l’employeur».

Sur le plan religieux, l’islam accorde une place de choix à la femme dans le couple. Selon l’imam Alimi Karim Adémonla, «en islam, la femme devrait être à la charge du mari, donc logée, nourrie, vêtue selon les moyens de ce dernier. A son tour de satisfaire son homme et veiller à ce que ce dernier ne se plaigne de rien. Cependant, il n’y a aucun salaire à payer à la femme pour ce qu’elle fait dans le foyer, chacun a son rôle».

Ce que dit la loi

Selon l’article 158 du code des personnes et de la famille, adopté en 2004 et révisé en 2021, «Le mariage crée la famille légitime. Les époux contractent ensemble, par leur mariage, l’obligation de nourrir, entretenir, élever et éduquer leurs enfants. Les modalités d’exécution de l’obligation d’entretenir les enfants sont réglées en même temps que les charges du mariage par le présent code». Plus loin, l’article 159 précise que «nonobstant toutes conventions contraires, les époux contribuent aux charges du ménage à proportion de leurs facultés respectives. Chacun des époux s’acquitte de sa contribution par prélèvement sur les ressources dont il a l’administration et la jouissance et/par son activité au foyer».

Se prononçant sur les articles 158 et 159 du code des personnes et de la famille au micro des confrères de Banouto, Clément Akouègnon Dassi, docteur en droit public, pense que les femmes n’ayant pas de revenu pour remplir leur part dans les charges du ménage compensent cela par les travaux ménagers dont elles s’occupent. Attribuer un salaire à cette dernière, revient à porter toutes les charges sur la seule tête de l’homme. À l’en croire, «il faudrait tempérer dans les prises de position sur la question. Même si la femme n’exerce pas un métier, il n’en demeure pas moins qu’humaine, qui plus est la conjointe, et non l’esclave de l’homme. Celui-ci doit connaître les limites de sa femme et lui venir en aide, autant que faire se peut».

Selon la sociologue Ella Wama Mara, «vouloir que l’homme paye une rémunération à la femme revient à conforter la thèse de la répartition genrée inégalitaire du travail sous son angle de seul valorisation du travail de l’homme, de la normalisation de la richesse monétaire masculine». Plus loin, elle précise que «cet angle de vue dévalorise davantage la femme dans les rapports égalitaires hommes/femmes dans le monde du travail. Au-delà, cette analyse chosifie davantage la femme dans son foyer et invisibilise davantage la valeur immatérielle de sa contribution à l’économie et au développement».
Tout compte fait, la vie de couple est l’affaire des deux partenaires. Il leur revient donc de définir les responsabilités qui reviennent à chaque partie pour un foyer harmonieux.

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