DÉCRYPTANT LE DISCOURS DU CHEF DE L’ÉTAT : Richard Boni Ouorou invite Talon à un modèle de gouvernance adaptable au Bénin

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Le politologue Richard Boni Ouorou a décrypté le discours sur l’état de la nation du Président Patrice Talon le 21 décembre 2023. Il a invité le Chef de l’État à un modèle de gouvernance qui est adapté au contexte béninois. C’était à travers un entretien exclusif accordé au média Reporter Bénin Monde. Richard Boni Ouorou est également revenu sur la position de son mouvement “Liberal”. Lisez plutôt.
Wilfried AGNINNIN

INTERVIEW REPORTER BENIN MONDE : LIBERAL , RICHARD BONI OUOROU …

Pesce HOUNYO : Monsieur Boni Ouorou au-delà des polémiques et des suspicions, sans aucune ambiguïté clarifiez nous la position du mouvement dit Libéral que vous venez avec vos amis de lancer à Dassa par une formation.

Je vous remercie pour cette opportunité de clarifier la position du mouvement Libéral sur l’échiquier politique béninois. Nous sommes conscients de la confusion qui peut être causée par la complexité du paysage politique. Cependant, je tiens à souligner que notre mouvement Libéral n’est ni de l’opposition, ni de la mouvance. Nous sommes indépendants, nous n’adhérons à aucune faction et nous ne collaborons pas directement avec l’une ou l’autre. Nous sommes une alternative. Nous proposons une voie différente par rapport à ce qui a été vu et vécu jusqu’à présent dans notre pays. Nous ne sommes pas un simple mouvement politique, nous sommes un mouvement de changement, d’évolution et de progrès. Notre objectif n’est pas de combattre les autres partis, mais de proposer une nouvelle manière de penser et de faire de la politique. Notre positionnement libéral se base sur le respect des libertés individuelles, la défense du libre-échange et de l’initiative privée. Nous croyons fermement que l’avenir de notre pays réside dans la capacité de chaque Béninois à réaliser ses rêves et à contribuer à la prospérité collective. C’est cette vision libérale qui guide notre action quotidienne et qui forme le cœur de notre programme. Nous ne sommes pas un mouvement de l’opposition ou de la mouvance, nous sommes le mouvement de l’alternative. Nous sommes le mouvement de ceux qui croient en une politique différente, qui aspirent à un avenir meilleur pour le Bénin et qui sont prêts à agir pour le réaliser. Nous sommes le mouvement de tous ceux qui n’acceptent pas le statu quo et qui veulent construire un avenir différent pour notre pays, un avenir fondé sur les principes libéraux de liberté, d’égalité et de prospérité pour tous. C’est donc avec fierté et détermination que nous assumons notre position unique sur l’échiquier politique béninois. Un positionnement qui n’est ni de l’opposition, ni de la mouvance, mais qui est résolument tourné vers l’avenir et la réalisation des aspirations du peuple béninois.

Pesce HOUNYO : Il persiste quand même une part d’ambiguïté autour de vos actions ? Récemment, vous avez dit à mon micro que le président Yayi avait le droit de prendre la tête du parti d’opposition Les Démocrates et nous avons pensé que vous étiez proche de ce parti pour lequel il ne faut pas l’oublier, vous avez appelé à voter et à qui vous avez fait don d’une enveloppe financière en guise de contribution et là vous dites que vous n’êtes pas avec eux ?

Je comprends parfaitement que certaines de nos actions puissent prêter à confusion. Permettez-moi donc de vous rendre plus clair notre position. De mes actions pour les législatives à quand j’ai affirmé que le président Yayi avait le droit de prendre la tête du parti d’opposition “Les Démocrates”, je n’exprimais pas un soutien à ce parti ou à ses actions. J’énonçais un principe fondamental de la démocratie : celui de la liberté d’association et du droit pour chaque citoyen, quel qu’il soit, d’occuper une position de leadership dans un parti politique s’il en a le soutien. Ce n’était pas une déclaration d’allégeance, mais une défense des principes démocratiques et des droits civiques qui sont au cœur de notre action. C’est en cela que réside notre libéralisme : dans la défense sans faille des droits et des libertés individuelles, quelles que soient les personnes ou les partis concernés. Cela ne signifie pas que nous partageons les idées ou les actions des Démocrates, ou de tout autre parti politique. Notre mouvement Libéral est indépendant et se distingue par son refus de s’enfermer dans les clivages traditionnels de l’échiquier politique. Nous ne sommes ni de l’opposition, ni de la mouvance. Nous sommes une alternative, une voie différente. Je tiens à être très clair : notre engagement est envers le peuple béninois et l’avenir de notre pays. Nous n’avons pas de lien formel ou informel avec Les Démocrates ou tout autre parti. Nous sommes guidés par notre vision libérale et notre détermination à construire un Bénin meilleur. J’espère que ces explications ont permis de dissiper toute ambiguïté autour de nos actions et de notre positionnement. Notre objectif est et restera toujours de servir les Béninois et de défendre leurs droits et leurs libertés.
Il n’est pas question d’exiger que le président Yayi abandonne la scène politique pour céder la place à la jeunesse. Il est important de reconnaître avant tout l’importance des principes démocratiques. Si le président Yayi jouit du soutien du peuple et respecte les prérogatives de la Constitution, il est tout à fait en droit d’occuper la position qu’il détient. Cependant, après une décennie de service dévoué et de sacrifices importants, il est certainement évident que des vacances bien méritées et une retraite confortable, financées par les contribuables, seraient bienvenues. Cette réflexion est une parenthèse, mais l’avenir se construit avec les acteurs du présent que nous sommes. Je crois fermement en l’importance du renouveau en politique. L’avenir est entre les mains de la jeunesse, et il est crucial que nous ayons l’opportunité de façonner notre futur et celui de notre nation. La jeunesse apporte des idées innovantes, une énergie renouvelée, une vision contemporaine du monde, ainsi qu’une perspective unique sur les défis et les opportunités que notre pays doit saisir. Le mouvement Libéral que je représente est le symbole de cette aspiration au renouveau et à l’innovation. Nous entendons insuffler un nouveau dynamisme à la scène politique béninoise, donner une voix à la jeunesse et mettre en place des politiques qui répondent aux aspirations des générations à venir.
Une fois encore, il ne s’agit pas de demander à une personne ou à un parti politique de se retirer. Il s’agit plutôt de promouvoir une politique qui est inclusive, qui respecte les droits et les libertés de chacun, et qui œuvre pour l’avenir de notre pays. C’est dans cette optique que notre mouvement Libéral travaille sans relâche chaque jour.

Pesce HOUNYO : Avant de finir, que pensez-vous du discours sur l’état de la Nation du Chef de l’Etat Patrice Talon prononcé le jeudi 21 décembre 2023 ?

Merci pour votre question. Pour commencer, il faut rappeler que nous sommes très conscients de la part sacrificielle du rôle d’un chef et que malgré plusieurs erreurs, Patrice Talon joue son rôle. Aussi, nous écoutons les commentaires de compatriotes et nous sommes conscients que quelque part, sous son impulsion le pays n’a pas stagné et que dans bien de domaines les choses évoluent.
Toutefois, il reste indéniable que nous sommes confrontés à des défis conséquents, et c’est là justement que je trouve cela préoccupant que le gouvernement soit plus intéressé par des statistiques abstraites que par les difficultés concrètes auxquelles nos concitoyens font face quotidiennement.
En effet, l’inflation et le chômage sont des réalités tangibles qui affectent de manière tragique la vie de nos concitoyens. Les jeunes, particulièrement, ressentent une peur légitime face à une situation sécuritaire qui semble de plus en plus préoccupante. Et pendant ce temps, il semble que le gouvernement actuel regarde ailleurs, se félicitant de chiffres qui, à mon avis, ne reflètent pas la réalité de la vie de bon nombre de nos concitoyens. Je m’interroge sur la validité de ces données, sachant que de nombreux Béninois ne sont pas enregistrés au fichier d’état civile et ne disposent d’aucun moyen d’identification. C’est comme si on comparait des pommes et des oranges. Le Président Talon, à mon avis, gagnerait à s’immerger davantage dans la réalité de son pays plutôt que de se fier à des modèles de gouvernance qui peuvent fonctionner en France, mais qui ne sont pas nécessairement adaptés à notre contexte. Pour ne pas qu’on en parle, le chef a voulu allumer un contre-feu en parlant des éléphants blancs de son prédécesseur, mais le mal est profond et même cette stratégie ne nous a pas empêché de nous pencher sur son bilan. Il n’a pas réussi à nous dévier je dirai. Concernant la situation au Niger, il semble qu’une prise de conscience est en cours. Le gouvernement actuel semble comprendre que la gouvernance au 21e siècle ne se fait plus par la force avec impulsivité, mais plutôt avec la tête froide, le recul nécessaire, la stratégie pour saisir la première fenêtre d’opportunité qui s’offre à soi. Toutefois, il reste à voir si ces leçons seront retenues et mises en pratique. En résumé, il y a encore beaucoup à faire au Bénin avant de pouvoir se reposer sur des données statistiques et de se laisser emporter par une certaine forme d’arrogance. Et je pense que la première étape consiste à se rapprocher de la réalité de nos concitoyens, pour mieux comprendre leurs besoins et leurs attentes.

Pesce HOUNYO : Le Chef de l’Etat rappelle de façon insistante l’héritage de son prédécesseur Yayi Boni, Patrice Talon a-t-il besoin politiquement de procéder ainsi et est-ce que cette posture n’entretient pas selon vous le malaise politique découlant de leur inimitié… cela n’alimente t-il pas de fait une polarisation de la vie politique rendant difficile l’émergence d’autres acteurs ?

Il est indéniable que des tensions ont émergé entre l’ancien président Yayi Boni et le président actuel. Ces tensions ont eu des répercussions considérables sur notre nation, et ont malheureusement affecté la vie quotidienne de nombre de nos concitoyens. Certains ont subi des préjudices du simple fait de leur association présumée avec l’ancien président Yayi Boni. C’est un constat qui englobe des individus tels que Madame Madougou, Joël Aïvo et d’autres, qui semblent avoir subi les conséquences de cette situation complexe. Tout comme moi, certains ont été étiquetés de manière non justifiée comme partisans de l’ancien président Yayi Boni. Il est regrettable que l’ancien président Yayi Boni n’ait pas réussi jusque-là à rééquilibrer le rapport de force. Cette situation a mené à des luttes silencieuses et à des exils forcés pour des individus comme l’ancien ministre Djenontin, des conséquences qui ne devraient jamais découler d’une divergence politique. Il nous faut revisiter les objectifs de notre lutte, et choisir humblement des personnes capables de mener à bien cette mission avec efficacité. Notre peuple mérite mieux que d’être pris en otage par des dissensions politiques entre deux amis. Il est temps de mettre un terme à cette situation qui est le produit d’un divorce peut-être précipitée entre ces deux anciens amis. Nous devons tous nous unir pour le bien de notre Nation et avenir se construit avec les hommes du présent.

Pesce HOUNYO : Monsieur Ouorou, un mot de fin ?

Pour finir madame, je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude à mon équipe dévouée ainsi qu’aux pionniers de ce mouvement. C’est grâce à leur détermination et à leur engagement que nous sommes ici aujourd’hui. Je voudrais également rappeler à chacun d’entre vous, chers citoyens et citoyennes, la singularité de l’initiative que nous avons entreprise. . Pour la première fois dans l’histoire de notre nation, un mouvement politique a pris le temps et les ressources nécessaires pour former ses membres fondateurs aux principes de son idéologie, en l’occurrence le libéralisme. Mais nous sommes allés encore plus loin. Nous avons mis en place un manifeste, un phare idéologique unique, qui guide nos actions et nos intentions. Cela illustre l’innovation que nous apportons à la scène politique. Nous œuvrons pour structurer de manière significative l’espace politique et pour faire progresser le débat politique dans notre pays qui, je dois le dire, a largement stagné depuis l’instauration de la démocratie. .Dans le passé, notre politique a été axée sur les personnes. Nous pensons qu’il est temps de transcender cela. Nous devons concentrer notre énergie et notre attention sur les idées, sur les principes, sur les actions qui peuvent réellement faire avancer notre pays. Nous sommes ici pour changer la donne, et je suis convaincu que, ensemble, nous le ferons.

Pesce HOUNYO : Monsieur Richard Boni OUOROU, merci d’avoir répondu à nos questions

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