IMPACTS DE LA FERMETURE DES LIEUX DE CULTES : Une opportunité de réinvention de la société ?

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Depuis le dimanche 22 mars 2020, les églises, mosquées et autres lieux de cultes sont fermées sous ordre du ministre de l’intérieur Sacca Lafia. Ainsi, les répercutions de cette mesure gouvernementale continuent de se faire sentir tant sur les fidèles que sur les dirigeants religieux ainsi que sur la population en général. Les conséquences de cette fermeture laisseront de même des traces après la réouverture de ces lieux d’adoration, ce qui sera peut-être le début d’une nouvelle société.

Débora YAROU (Stg)

Les lieux de cultes sont des « espaces de construction », a fait savoir le sociologue anthropologue Emmanuel Sambéni. Il explique par la suite que ce sont des endroits où se construisent la vie des croyants, la morale sociale. Tchantipo Sotima, un autre sociologue est dans cette logique en faisant savoir que ce sont « des espaces de sociabilité, ils contribuent à éduquer la société, prévenir la paix a priori ». Mais malheureusement, tous les croyants sont privés de ces exercices de construction, de fraternité et de bien-être depuis des semaines en raison de la lutte contre la propagation du nouveau coronavirus au Bénin. Même les grandes cérémonies sacrées tels que le chemin de croix, la pâques n’ont pas été célébrées cette année ou du moins individuellement. Certains dirigeants religieux qui se sont entêtés ont réglé leur compte avec la justice. Chez les musulmans, « la prière en groupe mérite 10 récompenses et celle individuelle une seule récompense », selon les propos de Massouhoudou Souradjou, imam de la mosquée Zibo à Parakou. Pourtant, le respect de la mesure gouvernementale sur la fermeture des lieux de culte les obligent à rester chez eux pour prier. Pour Sidi Zakiath fidèle musulmane, la nouvelle de la fermeture des mosquées a semé un mécontentement surtout avec les carêmes en cette période. Pour elle, prier seul n’est pas avantageux. Toutes ces privations ont cédé place à certaines difficultés mais aussi à de nouvelles initiatives.

Recours plus que jamais aux réseaux sociaux

Contrairement à ce que plusieurs pourraient imaginés, les leaders religieux en l’occurrence les pasteurs ne sont pas restés les bras croisés en laissant les brebis que le Seigneur leur a confiées à leur propre sort. Ainsi, plusieurs dirigeants d’églises du Bénin, notamment ceux de Parakou ont fait recours aux réseaux sociaux comme ils ne l’avaient jamais fait au paravent. Nombreux leaders religieux ont créé des forums sur whatsapp ou facebook afin de rester en communication avec les fidèles pour entretenir leur foi par des séances de prédication, d’enseignement, de question-réponses et de prières. « Ce que nous nous faisons, nous avons créé un forum pour le ministère pour ceux qui ont des portables androïd », a fait entendre le pasteur Paul Radji de l’église évangélique Missionnaire du Renouveau d’Espoir à Parakou. Cela lui permet de communiquer directement avec les brebis du Seigneur par écrit ou par audio. Quant est-il de ceux qui n’ont pas de portable androïd ? Selon les dires du pasteur Paul Radji, « sur le plan spirituel, nous prions pour ceux qui n’ont pas de portable androïd ».
Chez les musulmans par contre, ce suivi à travers les réseaux sociaux n’est pas observé. L’imam Massouhoudou Souradjou fait savoir, « j’ai dit à mes fidèles de prier chez eux et c’est ce qui se fait depuis le jour où la décision de la fermeture est entrée en vigueur ». Néanmoins, les appels téléphoniques permettent à Adam Mohamed Tamou, imam de prendre des nouvelles de ses fidèles. Il précise que « prendre des nouvelles par le téléphone ne peut avoir le même effet que de se voir ».

Impacts négatifs ou positifs ?

Au regard des différents rôles que jouent les lieux de cultes qui sont des endroits de rencontre permettant  à l’esprit de respirer, ainsi que de gérer des frustrations, stress, difficultés, le sociologue Emmanuel Sambéni explique que leur fermeture aura comme conséquence directe, l’éloignement et la création de beaucoup de problèmes, tels que les difficultés conjugaux. Pour le sociologue Tchantipo Sotima, il s’agit de « la privation des actes de dévotion, de poursuite de l’éducation sociale et religieuse ». C’est ce que traduisent les propos de Ernest Hounsa un fidèle chrétien, qui confi avoir « eu de grands problèmes…j’ai l’habitude de méditer tout seul, prier à la maison mais l’ambiance d’ensemble fait défaut ». Mathias Natta quant à lui, vit une désolation, « nous sommes dans la désolation, plus d’amis, pas de pasteur pour exhorter ». En plus de cela, il est devenu très paresseux dans la prière. Sur le plan spirituel, Ernest Hounsa a « connu une froideur » avant de s’en remettre. L’imam Massouhoudou Souradjou l’a également reconnu en faisant savoir que les prières individuelles ont moins de récompenses que celles faites en groupe.
Selon les propos du sociologue, des conséquences sur le plan matériel et financier se feront également sentir chez les pasteurs de même que chez les fidèles. Ceci s’explique par le fait que certaines dames font du commerce les jours de grand rassemblement religieux.

Paradoxalement, pour le Pasteur Paul Radji, l’impact de la fermeture est positif car ce n’est qu’un accomplissement de la parole. C’est le moment où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. « C’est maintenant que le Seigneur a commencé par noter les vrais adorateurs », a-t-il fait entendre. Un avis que partage Mathias Natta qui fait savoir que, « c’est maintenant qu’il faut montrer à Dieu que ta belle voix que tu utilisais pour chanter dans le temple le chantera même en dehors du temple ».

La naissance d’une nouvelle société

La situation de vie inédite qu’a imposée la Covid-19 a permis de trouver des solutions originales pour sa gestion. Même si de façon générale tous les croyants ont reçu un coup spirituel, physique et moral auquel plusieurs sont en train de se remettre, par cette crise, bon nombre de dirigeants religieux se sont orientés vers d’autres canaux de communication tels que les réseaux sociaux pour atteindre leurs fidèles. Ainsi, pour le sociologue Emmanuel Sambéni, « la société se réinvente », et le sociologue Tchantipo le dit autrement, « les églises vont s’adapter ». Les dirigeants religieux feront alors recours aux réseaux sociaux pour faire passer les messages aux fidèles au cas où la situation perdurait, personne ne le souhaite. Cependant, le facteur sociabilité, fraternité et l’entretien de l’esprit ne seront pas les mêmes. La paix sera menacée.

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