TRAITEMENT DES ENSEIGNANTS DES ECOLES PRIVEES AU BENIN : Des artisans des meilleurs résultats scolaires martyrisés

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TRAITEMENT DES ENSEIGNANTS DES ECOLES PRIVEES AU BENIN

Des artisans des meilleurs résultats scolaires martyrisés

L’enseignement au Bénin est le secteur apparemment le plus agonisant de tous les secteurs. Tout simplement en se référant aux différents résultats scolaires de fin d’année, on se rend à l’évidence de la situation de l’école béninoise. Malgré ce tableau sombre, les établissements privés en général font la différence à chaque examen de fin d’année avec de meilleures performances. Cependant, ces véritables acteurs de ces résultats merveilleux n’ont pas pour autant un traitement reluisant. Les maîtres, maîtresses et professeurs des établissements privés souffrent le martyr pour la plupart du temps de la part de leurs employeurs tout en accomplissant avec abnégation leur mission sacerdotale. Du nord au sud la situation est presqu’identique, déplorable et mérite une attention particulière de la part des autorités du système éducatif national.

Edouard ADODE

« Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne », disait Victor Hugo. Cette vérité ne pourrait avoir tout son sens que lorsque certaines conditions sont rassemblées. Entre autres conditions, il faut des écoles, des apprenants et des enseignants. Au Bénin, même si on peut se targuer de l’existence des écoles et des apprenants, le troisième maillon de cette chaîne reste pour la plupart du temps l’enfant malade du système éducatif. Si dans le public le traitement des enseignants est plus ou moins reluisant pour des résultats à la rigueur peu satisfaisants, dans le privé les hommes et femmes de la craie sont pour la plupart martyrisés pour des résultats très satisfaisants. Cette situation déplorable gagne du terrain grâce au chômage et la misère ambiante dans lesquels végète la jeunesse béninoise.

Enseigner dans le privé, accepter la crucifixion

« Je gagne 30 000 f par mois et je suis payé pendant au plus 8 mois dans l’année, parce que pendant les vacances, il n’y pas de salaire », confie Anicet G. maître dans une école de Parakou. Ce témoignage est d’ailleurs celui de plusieurs instituteurs intervenant dans les écoles privés du Bénin. Au moment où le Salaire Minimal Interprofessionnel Garanti (Smig) s’élève à 40.000f cfa, ils sont pour la plupart du temps payés au dessous du Smig. Sans une prise en charge en cas de maladie ou d’une situation malheureuse, ces derniers sont obligés de changer souvent d’école à la recherche du mieux-être. « Je suis dans ma septième année d’enseignement, mais c’est ici mon quatrième école. Parce que dans les autres écoles ce n’était pas la peine. On ne te paye pas à temps, les directeurs n’ont même pas d’égard à ta personne. Ma femme a même accouché et je n’ai rien reçu pour le trousseau or le directeur me devait jusqu’à trois mois de salaire. C’est les amis qui m’ont aidé à aller chercher ma femme à l’hôpital. Au même moment, le directeur en question réalisait certains biens personnels à coût de millions », fait constater Anicet. «  J’ai vu un doyen perdre la vie faute de moyens après seize ans de travail sans aucune assurance », ajoute Mariam Salami institutrice dans une école privée de Parakou. Cette situation entraîne au quotidien des conflits entre employeurs et employés qui finissent par se retrouver devant les inspecteurs du travail. Comme le confirme le directeur départemental du travail du Borgou Ramanou Arouna, « Les litiges sont souvent liés à la non déclaration du travailleur à la Cnss, l’absence de couverture sociale et le faite que les travailleurs ne sont pas payés au salaire réglementaire, au Smig par exemple. Et le fait surtout que les salaires ne sont pas payés à temps ». Donc ces braves travailleurs sont obligés de mener des activités parallèles pour pouvoir survivre. « Pendant les vacances, les congés et même certaines nuits en pleine année scolaire je suis obligé de faire avec ma moto le travail de conducteur de taxi moto », confie Ibrahim Songuiri maître dans une école primaire privée de Parakou. D’autres comme Benoît Honkonnou se débrouillent avec les cours de maison donnés par ci, par là « pour arrondir le mois ».

Des travailleurs victimes de leur profil
Le mauvais traitement s’accentue au jour le jour à cause de l’inadéquation entre la formation des jeunes et les besoins des entreprises. Pour la plupart du temps ces enseignants sont chosifiés à cause de leur profil. Ainsi, dans les écoles privées du Bénin, peu sont ces enseignants ayant suivi réellement une formation d’instituteur ou de professeur dans les écoles normales avant de se retrouver dans les classes. « J’ai le Bepc, mais j’ai été plusieurs fois au bac sans l’avoir, comme j’ai vu que mon âge avançait et que vraiment je n’avais plus de soutien pour continuer les études, c’est là j’ai été obligé de me lancer dedans suite aux conseils d’un ami qui a pris par là et aujourd’hui, il est agent permanent de l’Etat », explique Benoît Honkonnou. Tout comme lui, la plupart de ces enseignants du privé ambrassent le métier par concours de circonstance et se font former sur le tas.

Cet état chose justifie dans bon nombre de cas le traitement qui est fait à ces travailleurs même si parfois on rencontre certains maîtres fraichement sortis des écoles normales vivant la même situation.

Difficultés des promoteurs

Quant aux promoteurs de ces établissements privés, ils reconnaissent l’anormalité de la situation. Mais ils tentent de se justifier, « c’est vrai le Smig est à 40 000 fcfa et nous avons envie de bien payer nos travailleurs mais nous n’avons pas de subventions de l’Etat. Nos ressources proviennent essentiellement des parents d’élèves. Mais il n’y pas cette année où nous arrivons à faire 100% de recouvrement. Il y a même des parents qui continuent de me devoir les scolarités d’il y a trois ans or il y a d’autres intrants à acheter pour le déroulement des activités pédagogiques », confie Raïmy Gbénou promoteur d’établissement privé.

Néanmoins d’autres fondateurs d’écoles privées font l’effort pour que le minimum soit assuré pour le personnel enseignant. M. Djaboutou fondatrice d’un complexe scolaire à Parakou clarifie, « sur les huit maîtres qui sont dans mon école, six sont régulièrement déclarés à la Cnss. Les salaires varient entre 45 000 f et 65 000f selon les anciennetés. Ceux qui ne sont pas déclarés sont arrivés cette année à cause du dédoublement de certaines classes. Mais ils sont tous payés douze mois sur douze ». Ces cas sont vraiment isolés sur toute l’étendue du territoire national.

La recherche de cette idéale est d’ailleurs le combat que mène au quotidien le directeur départemental du travail du Borgou qui ne cesse de multiplier des actions à l’endroit des employeurs de ce secteur. « En effet, nous avons fait des visites d’inspection de contrôle. Nous avons sillonné la plupart de ces écoles d’enseignement privé l’année dernière. Histoire de nous enquérir des conditions de travail des personnels en général et du personnel enseignant en particulier. Donc, à l’issue de ces visites d’inspection, nous avons fait des constats. Et ces constats, nous les avons transcrits à travers des lettres d’observation que nous avons envoyées à tous les employeurs que nous avons visité dans ce secteur là. La deuxième étape cette année, c’est l’étape de la sensibilisation », indique le directeur départemental du travail. Ramanou Arouna ne compte pas s’arrêter sur cette action. Mais il dit avoir mis en place un véritable plan d’actions qui débouchera certainement sur une phase répressive. « Si on constate qu’il n’y a pas d’amélioration, nous allons passer à la phase répressive », a-t-il annoncé.

Vivement que ces différentes actions portent leurs fruits pour que ces vaillants travailleurs puissent effectivement jouir des fruits de leur labeur afin que l’adage « il n’y a pas de sot métier » ait tout son sens dans leur rang.

Quotidien Daabaaru, le leader de la presse écrite dans le septentrion

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