CHRONIQUE LITTÉRAIRE : Eric Ouorou fait un zoom sur les genres rhétoriques 

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La Chronique littéraire du Consultant Formateur Éric Ouorou de cette semaine aborde les différents genres rhétoriques qui existent. Ainsi, il existe trois genres rhétoriques à savoir, le genre judiciaire, le genre délibératif, et le genre épidictique. Suivez son développement ci-dessous.

Wahabou ISSIFOU 

LES GENRES RHÉTORIQUES

Chaque prise de parole s’inscrit dans un genre rhétorique donné. Différents des genres littéraires, les genres rhétoriques sont en réalité la logique dans laquelle s’inscrit un discours, son but.

Les anciens ont mis au point une série de traités qui enseignent l’efficacité en matière de construction des discours. Ils établissent une distinction entre les discours de l’avocat qui défend un client ou plaide une cause dans le cadre d’un procès, les discours des hommes politiques qui tentent de faire voter des lois ou de susciter des citoyens à voter pour eux, puis tous les autres discours prononcés à l’occasion d’un événement de la vie quotidienne tel que l’oraison funèbre lors d’un enterrement, un discours de mariage, ou encore un discours prononcé lors de la réception d’un prix faisant l’éloge du récipiendaire.

Il va sans dire qu’il existe trois genres rhétoriques à savoir, le genre judiciaire, le genre délibératif, et le genre épidictique.

En effet, le genre délibératif renvoie à un discours dont la fonction est de persuader ou de dissuader. Il s’adresse à une assemblée publique dont on voudrait conquérir l’adhésion à une cause. C’est par exemple le cas au Parlement, ou alors à chaque fois qu’un individu se retrouve dans une situation à démontrer ou argumenter les avantages ou inconvénients d’une décision ou d’une action. Ce type de discours a pour finalité la décision. On y discute alors de son utilité ou de sa nuisibilité. Son temps dominant est le futur. Etant donné qu’il n’aborde que des décisions qui engagent l’avenir.

Quant au genre judiciaire, il s’agit de discuter du vrai ou du faux, contradictoirement. Dans ce genre de discours, l’auditoire est généralement un tribunal qui tranche. L’orateur devra donc, pour parvenir à ses fins s’illustrer dans l’art de la persuasion dont nous avons précédemment dévoilé le mode opératoire. Ici, le discours vise à accuser, à travers un réquisitoire, ou à défendre à travers une plaidoirie. Il porte sur des faits passés que l’orateur est appelé à établir, qualifier, puis juger. Un recours fréquent aux syllogismes, aux figures de rhétorique, et à la suscitation des émotions est observé. C’est le lieu de rappelé la traditionnelle opposition entre sophistes et philosophes. Si pour les uns le but de l’éloquence est de triompher par la parole, pour les autres, il devrait plutôt servir la Sagesse, à travers la défense des causes justes, nobles, et vraies.

Pour ce qui est du genre épidictique, parfois appelé genre démonstratif, il renvoie à un discours dont la fonction est de louer, ou de blâmer. Traditionnellement, ce discours porte sur une personne. Il devient donc blâme ou éloge, par rapport à l’utilité et à l’honnêteté, selon la considération de ladite personne et de ce qui a trait à elle, même après sa mort. Mais, il n’y a pas de raison de limiter ce genre à un objet personnel. De même qu’on loue des hommes ou des dieux, parfois même par plaisanterie, par personnification ou par honneur, de même on fait l’éloge ou on blâme des animaux, des institutions ou des États, voire des objets inanimés. Ce type de discours regroupe tous les discours d’apparat, les panégyriques, les oraisons funèbres, etc. On y blâme ou y loue un homme ou un groupe de personnes en mettant en avant le côté noble ou vil de leur existence, de leurs actions. L’amplification est souvent employée dans ce type de discours. Il ne dicte pas un choix, mais oriente les choix futurs. C’est un discours auquel recourent par exemple les professionnels de la politique dans leurs jeux de récupérations des problèmes ou situations politiques.

Pour finir, il est important pour impacter un auditoire, de définir un genre rhétorique au regard des objectifs. Ensuite construire un discours fidèle au genre défini. Enfin s’exercer aux techniques de succès de chaque genre rhétorique. En cela, ‘’Nous pouvons prendre l’imagination comme compagne, mais nous devons suivre la raison comme guide’’ conseille Dr Samuel Johnson.

Eric OUOROU

Consultant-formateur en art oratoire

Directeur de l’ACADEMIE DE RHETORIQUE ET DE LEADERSHIP

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