Vendre sans boutique, acheter sans se déplacer et toucher des clients au-delà de sa localité. Le e-commerce transforme progressivement les pratiques commerciales au Bénin. Entre opportunités, nouveaux métiers et défis persistants, des acteurs du secteur livrent leur expérience et leur regard sur cette évolution. Commerçants, livreurs et experts du numérique décryptent cette tendance.
Ahouéfa Bernidolle Gwladys AKAKPO (Stg)
Les vitrines physiques ne sont plus le seul passage obligé pour vendre. Avec les réseaux sociaux et les services de livraison, de plus en plus de commerçants développent leur activité depuis un téléphone. Le phénomène prend de l’ampleur. Il attire des entrepreneurs, des étudiants et des consommateurs en quête de simplicité.
Des e-commerçantes face à la réalité
Pour Kora Amadiatou Esther, commerçante en ligne, ce modèle présente un avantage économique évident. « Si tu n’as pas de boutique, tu as la possibilité de gagner plus sans payer de loyer », se réjouit-elle. Une économie qui permet de mieux rentabiliser son activité. Sa clientèle, elle, se construit grâce à la confiance. « Ce sont mes anciens clients qui me recommandent à d’autres clients », affirme-t-elle. Une fidélité qu’elle entretient par la franchise dans ses échanges.
Même constat chez Tchao Daouchidath, élève et commerçante en ligne spécialisée dans la vente de vêtements et d’accessoires. Cette activité lui permet de poursuivre deux objectifs à la fois. « La vente en ligne me fait gagner du temps et me permet de poursuivre mes études tout en ayant une source de revenus ». Pour vendre, elle s’appuie sur les plateformes les plus utilisées. « Je vends principalement sur Facebook et WhatsApp, car elles sont très utilisées au Bénin et facilitent les échanges avec les clients ». La confiance est, selon elle, la clé de la réussite. « Je gagne la confiance de mes clients en publiant des photos réelles de mes produits, en étant honnête sur leur qualité, en respectant les délais de livraison et en restant disponible pour répondre à leurs préoccupations », a-t-elle indiqué. Cette méthode porte ses fruits. « Elle m’a permis d’élargir ma clientèle, d’augmenter mes ventes et de mieux faire connaître mes produits, même en dehors de ma ville ». La jeune élève souligne aussi les nombreux avantages de cette forme de commerce. « Elle permet de gagner du temps, de vendre à tout moment, d’atteindre des clients dans différentes localités et de réduire certaines dépenses. Pour les élèves comme moi, elle offre aussi la possibilité de concilier études et activité professionnelle », explique-t-elle. À ses yeux, « le commerce en ligne est une excellente opportunité, surtout pour les jeunes et les étudiants qui souhaitent être financièrement autonomes tout en poursuivant leurs études ». Elle encourage enfin les débutants. « Il est important de bien choisir ses produits, de soigner sa communication avec les clients et de ne pas se décourager face aux difficultés », a-t-elle conclu.
La livraison : maillon indispensable
Cette évolution repose également sur les services de livraison. Godfrid Wewe, responsable d’une agence de livraison à Parakou, rappelle que « la livraison est la dernière partie de la chaîne ». Un maillon devenu indispensable. Pourtant, tout n’a pas été simple. « Il y a de cela six ans, beaucoup ne connaissaient pas la livraison », rappelle le responsable de l’agence. Il a fallu convaincre les populations, surtout celles de Parakou. « Ça a été compliqué de faire comprendre aux Parakois que la livraison leur facilitait la tâche », a-t-il laissé entendre. Pour conserver ses clients, son agence privilégie la proximité. « Pour fidéliser, on essaie de créer un lien professionnel et personnel avec le client », confie-t-il. Pour lui, « il faut que les gens s’adaptent aux réalités actuelles ».
Malgré son essor, des obstacles persistent
Tchao Daouchidath en fait l’expérience au quotidien. « Les difficultés que je rencontre sont les retards de livraison, la forte concurrence et parfois le manque de sérieux de certains clients », déplore-t-elle. Elle ajoute : « Il arrive que certains clients passent des commandes sans les récupérer ou annulent à la dernière minute. Il y a également des cas d’impayés, ce qui peut occasionner des pertes pour les commerçants ».
Une révolution, des pièges à éviter
Wilfried Eteka, expert en numérique, se prononce sur la question. Selon lui, cette progression est le résultat d’une transformation profonde. « Les adresses de livraison n’étaient pas disponibles et les outils de paiement en ligne n’étaient pas décentralisés », fait-il ressortir. Il indique que « l’essor du commerce en ligne ces dernières années a été propulsé par la mise à disposition d’un internet bon marché ». Les retombées touchent plusieurs domaines : « le secteur financier, le secteur de la logistique, le secteur industriel et surtout le secteur numérique ».
Sur le plan juridique, il estime que « des efforts sont faits au niveau juridique. C’est dans l’application qu’il faut informer les consommateurs ». Il appelle également à la vigilance : « il faut faire attention aux offres très attractives », prévient l’expert.
À mesure que les usages évoluent, le commerce en ligne s’enracine dans les habitudes des Béninois. Entre confiance, adaptation et innovation, ce marché poursuit sa progression. Pour les acteurs du secteur, la prochaine étape sera celle d’un environnement encore plus structuré, dans un avenir que les spécialistes annoncent toujours plus digitalisé.




