UNE VIE UN METIER : Dafia Séro revient sur sa carrière d’aiguilleur professionnel

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Parmi les métiers rares et qui, pourtant font la fierté de ceux qui l’exercent figure celui de l’aiguilleur. Sans grande plainte, Séro Dafia a su vivre sa passion de la manière la plus possible et aujourd’hui il n’en regrette rien. Aiguilleur, il a passé 30 ans de sa vie à manœuvrer les signaux et appareils de voie qui sont sous sa responsabilité afin d’assurer la fluidité du trafic ferroviaire. De plusieurs manières, il a apporté son aide dans la libre circulation des biens et des personnes. Même si ce métier n’est pas un métier noble pour certains, c’est avec fierté que Séro Dafia, retraité depuis 2009 retrace les moments forts de sa carrière. Lisez plutôt.

Huguette LAWANI (Stg)

Daabaaru : Pourquoi avez vous choisi d’être agent de l’exploitation du chemin de fer?

Séro Dafia : Si je me suis retrouvé dans ce domaine et ai passé presque toute ma jeunesse, c’est par passion et étant habitué à toucher à presque tout venant du métier. Comme le dit-on, l’habitude est une seconde nature, et pour tout dire, c’est un héritage. C’est un héritage dans le sens où je suis le fils d’un cheminot et voyant comment les cheminots se comportaient, j’avais décidé à l’avenir de devenir un cheminot si Dieu me prête longue vie.

Comment avez-vous intégré le métier et quand l’avez-vous intégré ?

Dieu a exaucé ma prière puisque quelques temps après le concours des aiguilleurs qualifiés a été lancé et j’ai déposé mes dossiers. Pour les résultats, une fois proclamé dans les années 1979, je faisais partie des 10 premiers à être reçus à ce concours. Et le 25juin 1979 on nous a invités à suivre une formation pour une durée de six mois puisque la formation théorique avait durée 3 mois et celle pratique avait également une durée de trois mois. Cette formation m’a alors permis l’obtention d’un diplôme appelé Certificat d’Aiguilleur Qualifié (Caq). Un diplôme plus ou moins international puisqu’il se délivre dans n’importe quel pays du monde entier. Tout juste après les 6 mois de formation, j’ai été affecté de Cotonou à Parakou pour mon premier poste le 17 octobre 1979 à la gare de Parakou en qualité  d’aiguilleur qualifié, ainsi je fus titularisé le 1 janvier 1980 avec un poste de responsabilité.

Comment ont été vos débuts dans ce métier ?

Comme le début de toutes carrières, j’ai rencontré assez de difficultés. Au début, il y a quelques problèmes puisque n’étant pas encore habitué à l’exercice du métier, ce n’était pas du tout facile. Mais comme le dit un adage « c’est en forgeant qu’on devient forgerons », avec le temps les difficultés ont disparu. Comme problèmes rencontrés au début de ma carrière, je ne pourrai exactement le dire puisque le problème d’aiguilleur est délicat, tu es confronté à n’importe et plusieurs problèmes à la fois. Prenons par exemple les difficultés familiales que tu es obligé d’enterrer avant d’arriver au service. Et pourquoi ? Parce que si à force de penser à ce problème, tu arrives à mal manœuvrer l’aiguille, le train peut causer un déraillement catastrophique. Et l’une des règles de ce métier est que l’inexécution ou l’inobservation stricte des règles de sécurité peut entrainer des conséquences les plus graves dont un agent peut se rendre coupable. Juste pour vous dire que si le train déraille à cause de l’erreur d’un agent, cet agent est coupable et les sanctions sont sévères.

Quels sont les avantages de votre métier ?

Parlant des avantages de mon métier, je pourrai dire que les avantages sont dus à la compétence de chaque agent. C’est à la supériorité de juger de la compétence de chaque agent et c’est partant de cette compétence qu’on arrive à jouir des avantages. Vous avez un supérieur hiérarchique qui constate que vous ne vous amusez pas avec votre boulot, il vous note bien et quand les avancements arrivent automatiquement, on vous promet au grade supérieur. Ce sont là les avantages de notre métier et c’est d’ailleurs ce qui m’a permis en un temps record de gravir vraiment les échelles que pouvaient posséder un aiguilleur qualifié digne du nom. Au chemin de fer, il y a plusieurs échelles. De l’échelle 1 jusqu’à l’échelle 4, les agents qui sont dans cette intervalle sont appelés les subalternes. De l’échelle 5 à l’échelle 10, ce sont les cadres moyens. Et à parti de l’échelle 11 nous parlons des cadres supérieurs.

Les difficultés rencontrées dans l’exercice du métier en tant qu’aiguilleur qualifié?

Parlant des difficultés, nous avons souvent des consignes et des contre consignes. Le chemin de fer a des clients qui louent des wagons pour le chargement de leurs marchandises. Et les marchandises une fois à destination, ces clients ne peuvent pas eux-mêmes rester sur place pour le déchargement. Donc on est obligé de trouver une voie pour garer les wagons afin d’utiliser la machine pour faire descendre ces marchandises. Pour ce faire, il faudra d’abord atteler le wagon qu’en suite vous ameniez dans une voie. Et étant en train de faire ou presqu’à la fin du travail recommandé, subitement un autre patron peut arriver et donner une contre consigne en vous demandant d’amener ça ailleurs. Ce sont là les difficultés du métier. L’embarras du choix cause ainsi des problèmes avec non seulement les agents qui font le travail mais aussi les chefs, la hiérarchie.

Durant vos 30 ans de service, quel est le jour qui vous a marqué positivement ?

Le jour qui ma marqué positivement est une date que je ne vais jamais oublier, je fermais 10 ans d’ancienneté dans le service jour pour jour, c’était en juillet 1989. C’est exactement à cette date que j’ai subi un déraillement catastrophique qui a failli m’emporter. Cette date est toujours gravée dans mon agenda et dans ma mémoire. Une date ou les gens ont souhaité mon renvoi, mais Dieu m’a sauvé et je suis arrivé à m’en sortir. Et ceci grâce aussi aux interventions des patrons dociles et sentimentaux. J’étais heureux comme jamais je ne l’étais puisque non seulement j’ai failli perdre mon travail, mais aussi j’ai fui la mort.

Avez-vous un jour malheureux au cours de l’exercice de votre métier ?

Je n’ai jamais eu un jour malheureux, mais plutôt des sauts d’humeur. Pour moi une fois que la santé y est tous les jours sont des jours heureux.

Pouvez-vous nous racontez une anecdote ?

Il est dit que le vrai homme que tu connais c’est toi-même. Puisqu’on ne peut jamais connaitre son prochain. Il y a des collèges inconscients surtout que le travail d’aiguilleur a besoin de beaucoup d’attention. Une fois en voulant dévier la voie, j’ai fait signe à notre conducteur pour le refoulement du wagon et simultanément un autre conducteur vient remettre la voie en cause. Ceci a causé une catastrophe pour laquelle je suis responsable puisque c’est moi qui ai donné le commandement, le top avant que le conducteur ne commence par engager. Dans ces cas, il y a eu un problème, le conducteur témoigne qu’il a reçu l’ordre de telle personne avant d’agir.

Quel message avez-vous à l’endroit de la jeunesse ?

J’aimerai inviter les jeunes à redoubler d’ardeur, de vigilance, de courage puisqu’effectivement à l’heure où nous sommes, il y a la relève qui au jour le jour a tendance à être découragée malgré les conseils prodigués. J’aimerai leur dire que c’est avec un peu de patience qu’on arrive au point, donc avec la patience ils arriveront. Il faut également prendre son courage à deux mains pour être aussi admis à la retraite comme moi. Il ne suffit pas de narguer les supérieures

Votre mot de la fin

Sincèrement à l’heure où nous sommes, je remercie Dieu pour le courage et la patience qu’il m’a permis d’avoir durant ma carrière. Je le remercie également pour la vie qu’il m’a accordée, et je dis un sincère merci à la presse en particulier le quotidien Daabaaru pour le travail de chaque jour.

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