INÉGALITÉS DE TRAITEMENT DANS L’ADMINISTRATION PUBLIQUE AU BÉNIN : Abdou-Wahab Garba Say dénonce et fait des propositions . Il invite le gouvernement à aller à l’école de la France 

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Plusieurs réformes sont entreprises par les différents gouvernements dans l’administration publique au Bénin. L’une des actions phares du régime de la rupture dans ce domaine est la réforme structurelle du secteur de la décentralisation. Cette mesure bien que salutaire, souffre de quelques insuffisances. C’est ce qu’il convient de retenir de l’analyse du conseiller communal de Kalalé, Abdou-Wahab Garba Say. Le spécialiste en développement local a également scruté d’autres conditions qui sont infligés à certaines catégories de fonctionnaires de l’administration publique. Retrouvez ci-dessous l’intégralité de son analyse.

Daniel KOUAGOU

Des inégalités de traitement dans l’administration : On peut aller à l’école de la France !

Des décisions fortes, des réformes courageuses, des réalisations d’infrastructures structurantes dans plusieurs domaines et secteurs sont à mettre à l’actif du chef de l’État Son Excellence Monsieur Patrice TALON depuis 2016.

Dans les activités du Gouvernement au titre du premier semestre 2022, outre la continuité des grands travaux perceptibles dans divers endroits du pays, deux activités retiennent l’attention et qu’il me plait d’évoquer en introduction. Il s’agit des négociations avec les syndicats sur leur demande d’augmentation des salaires des travailleurs et la réforme structurelle de la décentralisation.

Au cours des négociations avec les partenaires sociaux, j’ai particulièrement apprécié le bon esprit dans les termes du Gouvernement. L’expression ‘‘au cas par cas’’ c’est-à-dire la distinction entre les bas salaires et les gros salaires, qui a été martelée était intéressante. Il est également revenu dans les propos du chef de l’État ou des Ministres, la situation de nombreux jeunes qui ont besoin de travailler. Tout ça me rappelle la posture qu’adoptait Feu Ministre Paul DOSSOU lors des discussions similaires ; attitude que j’ai toujours appréciée ; car les richesses de la Nation sont à priori destinées à tous ses enfants.

La réforme structurelle de la décentralisation est enfin mise en route après un processus qui a fait des vagues. On peut saluer à l’entame des points positifs tels que :

le redéploiement des agents des administrations communales tirés, vers d’autres communes qu’aucune autre perspective n’avait envisagée. C’est un acte qui renforce l’Unité Nationale comme on l’observe dans la fonction publique.

il y a également l’amélioration de l’image des Maires à travers l’affectation des véhicules de fonction. Ça rappelle les anciens Sous-Préfets qui incarnaient, de la bonne manière, l’autorité de l’Etat au niveau déconcentré.

on ne saurait passer sous silence la décision du paiement des indemnités à tous les élus locaux ; ce qui traduit un rétablissement d’un principe de parallélisme de forme avec les députés.

Toutefois, les traitements des nouveaux cadres techniques des administrations communales a fait à nouveau réapparaitre les inégalités qui font beaucoup murmurer. Cette situation qui a pris des proportions de plus en plus grandes dans l’administration et dans les institutions de l’État est illustrative aujourd’hui d’un déséquilibre social ambiant qui peut étouffer l’éclosion des énergies des forces actives dans leur ensemble.

Quelques exemples pêle-mêle pour expliquer la situation.

Voyons d’abord l’évolution du SMIG ces 30 dernières années. Entre 1990 et 2014, le SMIG n’a pas dépassé 28.000Fcfa. Le 1er mai 2014, le SMIG passe à 31.250Fcfa. Il évoluera timidement pour monter à 40.000Fcfa, son niveau supérieur jusqu’en cette année 2022 où à l’occasion des dernières négociations avec les syndicats, le Gouvernement porte désormais le SMIG à 52.000Fcfa. Entre le ‘‘dernier fonctionnaire’’ et le ‘‘plus grand fonctionnaire’’ voire le plus ancien ; en passant par les niveaux ou catégories intermédiaires et débutants, l’écart est très très important.

Entre la première et la deuxième législature, de 1991 à 1999, le Représentant du peuple avait une rémunération mensuelle de 300.000Fcfa ; rémunération pouvant aller jusqu’à 600.000Fcfa grâce aux frais de sessions parlementaires pendant un mois en entier. Il y a donc 20 ans, le Représentant du peuple recevait une indemnité, relativement sobre, qui fait 10 fois le salaire du dernier fonctionnaire. A 40.000Fcfa jusqu’en 2022, le rapport entre le SMIG et l’indemnité du Représentant du peuple n’est plus dans les mêmes proportions qu’il y a une vingtaine d’année. Hors tout le monde va sur le même marché comme l’a rappelé le chef de l’État au cours des dernières discussions avec les syndicats. La question que tout profane peut se poser est de savoir si l’on observe les mêmes écarts profonds en France ; vu que notre administration publique et nos Institutions politiques nous ont été léguées par l’ancienne puissance coloniale ? Selon toute vraisemblance, la situation n’est pas pareille. Aller à l’école de la France dans ce sens serait bien indiqué.

Je me rappelle encore des propos des jeunes agriculteurs de mon village dans les années 2000 ; je cite : « Je suis fier d’être paysan car, au bout d’une campagne agricole je peux m’offrir le même ‘‘luxe’’ que le Directeur de notre école ». Ceci dénote d’un certain équilibre relatif ressenti par les populations à la base, entre différentes classes, en son temps. Les paysans se sentaient même parfois mieux que le fonctionnaire de sorte que lors de leurs visites dans les villages, les villageois débordaient de générosité envers les fonctionnaires par les dons de parties de leurs richesses à ces derniers. Aujourd’hui le donneur d’hier et devenu le demandeur envers celui à qui il donnait sans calculer. Ça c’est un indice à prendre au sérieux.

S’il était admis par certains économistes que les inégalités étaient stimulatrices de l’émulation et donc du développement, quand elles sont trop importantes à l’instar de la situation que je décris et déplore dans les analyses ci-dessus, elles créent le contraire c’est-à-dire la démotivation. Et si rien ne se fait pour arrêter l’ascension dangereuse des inégalités, de la démotivation (qui est neutre) on passe à la frustration (qui elle, est une bombe).

Même la ‘‘théorie’’ nationale qui a consisté à indexer certains corps ou catégories de l’administration en leur accordant un statut particulier et en revalorisant considérablement leurs salaires et/ou en leur accordant des avantages exorbitants, et qu’en agissant ainsi qu’on aura vacciné ces agents spéciaux contre le virus de la tentation ; cette théorie est aujourd’hui presque démentie par les faits. Dans ces conditions, reconsidérer les choses dans le sens qu’exige la réalité du moment est vital. Si le principe des salaires et avantages acquis ajouté à celui des avancements, tirent trop la masse salariale au détriment du recrutement des jeunes, il faut tout simplement briser le mythe et établir des règles qui sont proches de celles qui prévalent dans nos ménages et qui excluent l’exclusion de certains membres de la maison du partage du repas familial. On peut aller dans ce sens, à nouveau, à l’école de la France dont-on est ‘’proche’’. En effet en France, on sent bien ‘’La Nation’’ comme une famille dans laquelle le repas (c’est-à-dire la richesse nationale) est réparti à tous (d’où les allocations de chômages aux jeunes).

Beaucoup de réalités françaises doivent nous servir d’exemples. Nous avons tous suivi l’actualité politique en France avec le sujet de l’âge de départ à la retraite. Pendant que chez nous l’annonce de la retraite est parfois vécue comme un cauchemar, comment des citoyens dans un autre pays peuvent-ils réclamer avec une telle insistance de les laisser partir à retraite ? En analysant ce comportement étrange par rapport aux faits chez nous, on arrive à des conclusions concordantes. En effet, il y a un ‘’slogan’’ largement répandu chez nous dans les rangs des fonctionnaires ; je cite « Je ne vais pas me tuer pour l’État ». Et comme il s’agit bien d’un slogan, lorsqu’un l’entonne, il est immédiatement repris par tous les autres qui sont en causerie. Mais, pour avoir côtoyé un peu les français dans le cadre professionnel, ce sont des propos qu’on entendra rarement chez un citoyen français. Autrement dit, le citoyen français partout, pense plutôt qu’il a un devoir de travailler pour la Nation pour créer la richesse qui est à son tour, redistribuée à tous les enfants d’aujourd’hui (même en situation de chômage) et pour garantir les meilleures conditions à la postérité. À partir de là, il est aisé de comprendre pourquoi on peut réclamer d’aller se reposer pour laisser la place à ses enfants qui sont appelés à venir prendre la relève du travail. Logiquement, celui qui ne se tue pas pour son État mais qui bénéficie de cet État un salaire et des avantages qui croissent au fil de l’ancienneté, inversement à son rendement, ne sera jamais pressé d’aller se reposer d’un travail qu’il ne fait véritablement pas.

« La Réduction des Inégalités par une redistribution adéquate de la richesse nationale à travers une implication de tous les jeunes au travail pour la production de la richesse et des services, est le ciment qui permet la consolidation d’un esprit nationaliste, qui en lui aussi constitue une barrière efficace contre toute vulnérabilité face à des phénomènes comme l’extrémisme violent qui commence à se sentir dans notre pays depuis environ 4 ans ».

C’est au regard de cette conclusion partielle que j’ai compris le sens du communiqué du Ministre de l’intérieur le lendemain de l’attaque terroriste de Dassari ; communiqué qui met en garde les compatriotes qui pourraient participer à ce sale jeu contre leur peuple. Dans l’un des principaux instruments de lutte contre ce malheureux phénomène notamment la Stratégie Nationale de Prévention de l’Extrémisme Violent, les facteurs susceptibles de contribuer à la vulnérabilité des citoyens pour leur basculement de l’autre côté y sont bien énumérés ; ce qui prouve la bonne avance du Gouvernement et des Experts nationaux sur la question. Dans la même logique on ne saurait ne pas apprécier, à son juste poids, les signaux pour le dégel du climat politique observés ces dernières semaines et qui sont des avancées perceptibles à encourager. La Paix n’est pas un « vain mot » dit-on. Soutenons la volonté et les actions de l’ombre qui ont cours pour la restauration de l’ambiance jadis lors des joutes électorales. Les élections législatives de janvier 2023 approchent, cela peut être un bon moment de confirmation des mesures d’apaisement dont les signes ces derniers jours ont été marqués par la libération de quelques détenus dits politiques. Le souvenir de la nuit de l’élection de Maître Houngbédji à la tête de la 7ème législature suivi avec passion par tous les béninois (mouvanciers et opposants) et l’entonnement spontané de l’hymne national par les députés victorieux après le 42/41 d’une part, de même que des manifestations diverses de joie, toutes aussi spontanées des militants dans leurs chambres devant leurs postes téléviseurs ou leurs radios d’autre part, est encore là. Je n’oublie pas aussi le : « Ça-y-est, c’est fini : ‘‘On a gagné !’’ ‘‘On a gagné !’’ » (repris dans les réseaux sociaux) de Maître Djobgénou, alors Responsable de campagne au Haut niveau de mon candidat aux environs de 20H le jour du second tour de l’élection présidentielle de mars 2016. Il s’agit là d’évènements festifs de la démocratie dont beaucoup (vaincus comme vainqueurs) espèrent retrouver dès janvier 2023 pour l’ESPOIR à multiple dimensions que cela procure à tous les citoyens.

C’est fort de cela que je réitère mes recommandations pour la réduction des inégalités et j’encourage le Gouvernement et le chef de l’État à regarder dans ce qui est de leurs prérogatives pour atténuer ce qui écorne actuellement notre image.

Ceci est d’autant pressant que quand nous écoutons nos Ministres des Finances et de l’Agriculture parler des progrès économiques que nous réalisons dans le pays, il est difficile de ne pas y voir les fruits presqu’exclusivement des efforts des paysans et des autres acteurs de la chaine agricole. En attendant un jour, de prouver avec fierté la contribution tangible de l’ELITE, dont nous cadres intellectuels, nous nous réclamons, organisons les choses de façon à ce que tous les enfants se sentent utiles et égaux devant la Nation en l’occurrence pour le travail et à travers les fruits du travail dont ils jouissent sans laisser planer le sentiment qu’il y a des grands privilégiés.

GARBA SAY Abdou-Wahab, Conseiller communal Kalalé, Spécialiste du développement local

 

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