VIE D’UN ANCIEN CHEMINOT BENINOIS : Antoine Adantodé parle de son séjour à l’Ocbn

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VIE D’UN ANCIEN CHEMINOT BENINOIS

Antoine Adantodé parle de son séjour à l’Ocbn

Le train est un matériel roulant ferroviaire assurant le transport de personnes ou de marchandises sur une ligne de chemin de fer. Le Bénin a connu l’utilisation de cet engin depuis la période coloniale et était géré par l’Organisation Commune Bénin Niger (Ocbn). Le transport ferroviaire à favorisé le rapprochement des communautés mais aussi le rehaussement de l’économie du pays grâce aux commerces et les transactions qui s’effectuaient par ces lignes. Ainsi, pour assurer la conduite de ces lourds engins, il fallait des hommes courageux, attentif, et à la taille du métier de conducteur de train car n’est pas cheminot qui veut, mais qui peut. Adantodé Comlan Antoine, agent retraité de l’Ocbn livre ici quelques moments forts de sa carrière dans ce secteur. Lisez plutôt.

Samiratou ZAKARI

Daabaaru : Pourquoi avez-vous choisi faire carrière dans ce domaine ?

Comlan Antoine Adantodé : J’ai choisi être conducteur de train juste par vocation, j’avais cette passion. Déjà j’avais mes grands frères qui eux étaient conducteurs de camions gros porteurs, je crois que j’ai pris le goût de là. Aussi, il faut dire que j’étais très rigoureux, donc je me suis dis que la conduite de train est faite pour moi vu mon tempérament.

Comment êtes vous donc devenu conducteur de train ?

Je suis devenu conducteur de train par concours. Mais il faut dire que j’ai intégré l’Ocbn d’abord en tant que manœuvre. J’étais à ma deuxième année de droit capacité à l’Université mais comme trouver du travail était devenu un problème, j’ai accepté ce poste qui a duré 6 ans au cours desquels j’ai balayé le long des rails. C’est donc au cours de ces six ans là que le concours a été lancé en 1989. Le concours était interne, il fallait donc être de la maison pour pouvoir passer le concours. J’ai donc saisi l’opportunité pour réaliser mon rêve.

Parlez nous de vos débuts dans la carrière

J’ai pris fonction à l’Ocbn en décembre 1989. Après la prise de fonction, on a reçu une formation dans notre métier en 1990. La formation a eu lieu dans un centre de formation qui était au sein même de la maison Ocbn. Les débuts étaient vraiment très intéressants, car on a eu des patrons et des moniteurs très expérimentés qui maitrisait leur job. Ils nous ont donné des notions qui nous ont beaucoup servis. La théorie comme la pratique tout était bon.

Parlez nous des avantages de ce métier 

Bon, les avantages je dirai d’abord que le métier de conducteur de train est un métier très noble en dehors de la haine de nos devanciers à notre époque. Si on n’est pas ingrat, on peut jouir de ce métier là. Il y également le commerce qu’on avait la chance de mener à travers ce métier. Car au cours des voyages on pouvait acheter des marchandises d’un point X qu’on pouvait revendre à un point Y. Aussi au niveau de l’évolution dans le métier, notre secteur évolue vite puisqu’il y avait un programme qui est bien suivi. Tu as la chance de monter au fur à mesure en grade. Tu peux commencer en étant aide, puis évoluer et être mécanicien de route, chef mécanicien puis même mécanicien titulaire. On a donc la chance de toucher du doigt un peu de tout car tu ne peux pas être conducteur de train sans pouvoir en cas de panne t’occuper des premiers dépannages. Tu as la chance d’être toujours en mouvement avec ce métier, tu voyages beaucoup.

Quels sont alors des difficultés et risques du métier ?

Les risques, il y en a vraiment. Si tu viens dans un milieu et tu et tu es appelé à travailler avec des gens qui n’ont pas forcément le niveau, ça pose problème. On fait tout pour vous empêchez d’évoluer. Notre promotion a eu ce problème en son temps. Les diplômes que tu avais n’étaient pas forcément considérés par tes chefs, au contraire les gens cherchaient même à les mettre au placard. Ce qui fait que tu n’avais pas la chance de finir ta carrière avec un haut grade à la hauteur de ton diplôme. Aussi, assurer un train n’est pas du tout facile puisque les trains qui étaient mis à notre disposition sont presque amortis. Des pannes sur la route font parti de ton quotidien. Pendant la saison des pluies avec les intempéries, tu es obligé de faire avec. Surtout quand tu assures un train marchandise tu fais six jours sur la route, imaginez donc si tu as un accident. Aussi les accidents de route on en connaissait quant même, donc étant conducteur de train nos vies étaient trop risquées dans ces cas là puisque les accidents à train quand on s’en sort vivant, c’est souvent un miracle de l’éternel. Après un accident on vérifie si le conducteur respectait la vitesse exigée par la session de ligne. Si c’est le cas, le chemin de fer prend en compte tous les dégâts mais si ce n’est pas le cas, tu as droit à une sanction et même si tu es décédé ton corps devait être enchainé, c’est la règle. Pas même de primes pour encourager.

Racontez-nous le jour le plus heureux de votre vie dans cette carrière de conducteur de train

Mon jour le plus heureux de ma carrière c’est surtout le jour où j’ai reçu les félicitations et promu par mes patrons après avoir échappé à un déraillement catastrophique. Ce jour là, j’ai assuré le train de Parakou pour Cotonou et j’étais même déjà à la gare quand un train qui a quitté le port à louper le frein. J’ai pu quand même avec l’aide de l’Eternel freiner puis marquer un arrêt et ce train est passé. Donc si j’insistais en me disant que j’étais prioritaire et je continuais, ça aurait été plus catastrophique que tout les déraillements que nous avons connus.

Qu’en est-il du jour malheureux ?

Oui j’en ai connu et quand je me rappelle de ce jour, je me vois dans une tombe. C’était le 5 mars 1999 ou j’ai assuré le train voyageur de Cotonou pour Parakou avec l’un de mes chefs. J’ai eu l’intuition depuis Cotonou que le voyage allait mal se passer et j’ai donc voulu prendre le volant moi-même. On était au environ de Yahoui quand il a demandé à prendre les commendes. C’est mon chef et je ne pouvais qu’obtempérer. Il conduisait donc jusqu’à la gare de Kilibo où on a fait un déraillement très grave car c’était le moteur même plus d’autres remorques qui ont été touchés. Moi en ce moment j’allais me mettre à l’aise, je me faisais donc un passage au niveau des moteurs quand l’incident est survenu dans cet endroit même. J’ai été le dernier à sortir du train après l’incident puisque les gens ne s’imaginaient même pas que j’étais encore vivant puisque je me trouvais dans les moteurs quand ça s’est produit. Tout le monde pleurait ma mort car on ne s’imaginait pas que je pouvais sortir vivant du moteur. Cela m’a beaucoup marqué au pont où chaque 05 mars je vais rendre grâce au seigneur.

Comptez nous une petite anecdote

Bon, comme anecdote je parlerai de ce jour là ou je devais voyager de Cotonou pour Parakou avec une locomotive. J’ai reçu deux blancs comme passager puisque le train avec le quel on devait voyager était en panne. On nous a donc remis une locomotive mais ces blancs sont arrivés et ont vu que c’était une locomotive qui devait les conduire ils étaient mort de rire comme quoi on était encore en arrière avec cette locomotive. Ils ont refusé catégoriquement de monter à bord. Il a fallu que le chef de gare les rassure qu’ils sont en de bonne main dans cette machine avec moi. On a démarré quand même mais ils n’étaient pas du tout convaincus avant notre arrivée à Parakou. A notre descente, ils se sont rapprochés de moi en disant, « nous sommes arrivés avec 15 mn de retard mais c’est drôle comme conducteur de train avec votre petite taille ». J’ai répondu que ce n’est pas la taille qui conduit, mais c’est l’expérience et l’Eternel qui conduisent. L’un d’eux a mis la mais dans la poche et m’a remis une enveloppe de 50.000. Pour eux, cela prouve que le chef de gare connait ma valeur, c’est pour cela il les a convaincus de prendre cette locomotive avec moi.
Un mot à l’endroit de ceux qui veulent emboîter vos pas

Tout d’abord je vais m’adresser aux vieux comme moi qui s’accrochent à des postes et ne veulent pas laisser la place aux jeunes. Je leur dirai d’accepter la retraite et de céder la place aux jeunes pour qu’ils puissent assurer la relève. Aux jeunes, je leur dirai de cesser de courir derrière le gain facile et de travailler. Les jeunes ne veulent pas souffrir aujourd’hui or c’est après la souffrance que vient le réconfort.

Votre mot de la fin

Je demanderai aux autorités qui sont au niveau du chemin de fer de laisser la politique politicienne pour que renaisse cette maison afin que la jeune génération puisse jouir du plaisir qu’il y a à voyager en train. Aussi que les gouvernants travaillent vraiment pour que l’Ocbn retrouve sa note de noblesse d’hier.

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Daabaaru